Centenaire 14-18 : les fusillés de la Grande Guerre

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Ceci est un guest post écrit par Jérôme Malhache, généalogiste professionnel installé en région parisienne. Il partage son expérience des archives à travers des articles et des cours dans lesquels il analyse sources et méthodes de recherche. Ses précédents billets portaient sur la fiche matricule, les JMO, les Morts pour la France et les soignés et les soignants dans le contexte de la Première Guerre mondiale. 

Dans le cours des commémorations de la Première Guerre mondiale, l’année 2017 est celle du souvenir des mutineries et de leur répression. Longtemps, l’absence de données précises a alimenté la controverse sur un sujet difficile. D’un côté la légitimité du refus d’obéissance à des ordres absurdes, de l’autre celle des jugements expéditifs et des exécutions sommaires. C’était le ressort du film de Stanley Kubrick, Les sentiers de la gloire, même s’il ne traitait pas spécifiquement des mutineries de 1917. Et le fait que ce film, réalisé en 1957, ait dû attendre 1975 pour être projeté en France montre à quel point la question était encore sensible (il est vrai dans des années et un contexte particuliers). Il restait à questionner les archives.

Les récents travaux des historiens ont démontré que les refus collectifs d’obéissance, les mutineries, des mois de mai et juin 1917 n’ont pas eu une cause unique et directe, l’offensive Nivelle d’avril 1917 (la bataille du Chemin des Dames), comme on l’a longtemps soutenu. Les recherches ont aussi mis en évidence que le mouvement a été le plus intense dans les divisions au repos et non pas en première ligne. Néanmoins, que les causes soient multiples et les degrés d’indiscipline variés, tout semble peut-être se résumer dans ce cri : « à bas la guerre ! ».

Le travail sur les archives a permis de remettre en question un autre présupposé. Ce n’est pas lors des mutineries qu’ont été fusillés le plus de soldats. Déjà l’ouvrage de Frédéric Mathieu avait éclairé ce point (« 14-18, les Fusillés », éditions Sébirot 2013). L’auteur, travaillant sur un corpus de 740 exécutions, y démontrait que les fusillés pour l’exemple avaient été très nombreux au début de la guerre et encore plus nombreux en 1915, comparés aux 74 hommes exécutés en 1917. La base de données « Fusillés de la Première Guerre mondiale » consultable en ligne sur le site Mémoires des Hommes confirme cette analyse.

Exemple de fiche sur le site Mémoire des Hommes

La base de données

Elle a été constituée à partir d’un extraordinaire travail de dépouillement systématique des archives des conseils de guerre de Paris, de ceux des régions militaires, des conseils de guerre aux armées et des conseils de guerre outre-mer, conservées au Service historique de la Défense (SHD, Vincennes) dans les sous-séries GR 9 J, 10 J, 11 J et 12 J (sachant que les archives de certains conseils de guerre ont disparu). Mais ce qui fait le caractère remarquable de cet outil mis à la disposition des chercheurs et des généalogistes c’est que l’interrogation de la base donne accès aux images numérisées des documents. Elle permet de visualiser non seulement les minutes des jugements mais aussi les dossiers de procédure. Par conséquent cette base offre la possibilité d’une approche quantitative mais aussi d’une recherche qualitative centrée sur l’individu, une analyse sérielle aussi bien qu’une étude micro-historique.

1009 exécutions sont recensées, tous motifs confondus. À partir des chiffres fournis par Mémoires des Hommes, tirés de l’analyse des cas documentés, on relève que 68% des fusillés le sont pour désobéissance, 16,5% pour des crimes et des délits de droit commun, et 15,5% pour espionnage (la base de données intègre donc des fusillés civils). 78% des sentences ont été prononcées par des conseils de guerre aux armées c’est-à-dire ceux siégeant en zones de combat, appliquant une procédure simplifiée, rapide et sévère. Enfin on dénombre 237 fusillés pour désobéissance militaire en 1915 contre 74 en 1917 l’année des mutineries, période où à nouveau les voies de recours sont suspendues pour les soldats reconnus coupables de rébellion et d’insubordination.

Les modes de recherche

Le premier formulaire de recherche n’appelle pas de remarques particulières. Il permet de renseigner les informations usuelles (nom, prénom, date et lieu de naissance, etc.), sans aucun champ obligatoire et avec souplesse (commence, contient, etc.). Mais le plus intéressant est de déplier ce formulaire en cliquant sur « afficher plus d’options de recherche ». On peut ainsi opérer des sélections en fonction d’une quinzaine de critères parmi lesquels le grade, l’unité, la date du décès (on peut indiquer uniquement l’année), le département ou le pays où a eu lieu l’exécution. L’outil est utile pour établir des statistiques mais pas seulement.

Formulaire de recherche du site Mémoire des Hommes

Par exemple si l’on recherche un événement en se souvenant juste que la personne a été exécutée dans les fossés du château de Vincennes, on peut sélectionner « département de décès » et afficher le Val-de-Marne. On obtient une liste de 18 noms. Et si on avait oublié que Mata-Hari s’appelait Margueritte Gertrude Zelle, on la retrouve facilement en fin de liste. Mais dans le cas de cette dernière on aurait pu aussi utiliser le champ « pseudonyme(s) », n’y taper que « mata » en laissant l’option « commence par », et on aurait obtenu l’unique réponse possible.

Liste des fusillés du Val-de-Marne (site Mémoire des Hommes)

 

A la recherche de Mata Hari (site Mémoire des Hommes)
Mata Hari sur le site Mémoire des Hommes

Mais le plus souvent le généalogiste est mis sur la piste d’un jugement par la découverte d’une annotation dans une fiche matricule, voire même dans le fichier des Morts pour la France puisque les fiches des soldats n’ayant pas obtenu la mention y ont été intégrées. La lecture des mots « fusillé », « exécuté », peut constituer un choc dans une famille où le secret est resté bien enfoui. Mais grâce aux dossiers consultables en ligne l’occasion est offerte de comprendre l’enchaînement des circonstances qui a conduit à une telle issue.

Un autre exemple de fiche sur le site Mémoire des Hommes

Théorie du complot ?

Pour en revenir aux mutineries de 1917 et à leurs causes on doit évoquer l’affaire du Bonnet Rouge qui a fait grand bruit à l’époque. Certains ont cru voir la main des services secrets allemands derrière l’antimilitarisme de ce journal d’extrême-gauche. Il est vrai qu’avant-guerre le Bonnet Rouge prônait déjà le rapprochement franco-allemand au nom du pacifisme. En 1917 on lui reproche d’être sciemment fauteur d’agitation dans les rangs de l’armée. Son financement occulte permet de faire le lien et d’accuser ses dirigeants d’intelligence avec l’Allemagne. Effectivement, Duval, directeur du journal, recevait de l’argent de l’étranger. Il est fusillé le 17 juillet 1918 dans les fossés du château de Vincennes après avoir épuisé tous les recours (les minutes du conseil de guerre et du conseil de révision, et surtout le volumineux dossier de procédure, sont consultables sur Mémoires des Hommes).

Le procès de Duval. Photo Gallica

Mais l’affaire du Bonnet Rouge c’est aussi l’affaire Malvy, du nom de Louis Malvy ministre de l’Intérieur depuis le début de la guerre. Soupçonné de complaisance envers le Bonnet Rouge il est aussi accusé d’avoir communiqué à l’ennemi des renseignements sur les projets d’attaque. En particulier il aurait permis aux Allemands de se préparer au coup de boutoir de l’offensive Nivelle. On l’accuse encore d’avoir favorisé l’éclosion des mutineries. Après avoir démissionné de son poste de ministre de l’Intérieur il est jugé devant le Sénat constitué en Haute Cour de justice. Le 6 août 1918, il est condamné pour forfaiture à une peine de bannissement de 5 ans.

Pour ceux que le sujet intéresse et qui souhaiteraient se forger leur propre opinion, ils trouveront des documents originaux à explorer dans les séries F/7 et BB des Archives nationales (site de Pierrefitte-sur-Seine) et d’autres sources à la Bibliothèque de documentation internationale contemporaine (BDIC, Nanterre).

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  • michel pieret


    2 novembre 2017

    je cherche si il a eu des fusilier dans la famille madoe en belgique (charleroi

  • nouailles


    2 novembre 2017

    bjr voudrais savoir svp si il a u un nouailles louis fusille en 14 18 ne en 1872 a carnac rouffiac dep 46 fiche de matricule n 875 bur de recrut de cahors et de la classe 1892
    recevez mes salutations