Comment chercher une fiche matricule ?

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Ceci est un guest post écrit par Jérôme Malhache, généalogiste professionnel installé en région parisienne. Il partage son expérience des archives à travers des articles et des cours dans lesquels il analyse sources et méthodes de recherche.

Avant de penser à l’exception le généalogiste commence sa recherche en se fiant à la règle. C’est en tout cas ce qu’il est recommandé de faire. En d’autres termes si, pour une période donnée, nous ne trouvons pas un mariage dans la table décennale de telle commune nous en déduisons raisonnablement que ce mariage a eu lieu dans une autre commune. C’est logique… Jusqu’au moment où nos recherches incidentes nous apportent la certitude que ce mariage a bel et bien été célébré dans notre première commune ciblée. Sans ces informations indirectes nous n’aurions pas remis en cause la fiabilité de la table décennale. Jusque-là sa supposée exhaustivité était notre boussole. À juste titre. Pourtant cette table comportait une omission. Ce qui peut se produire avec une table décennale de l’état civil est susceptible d’arriver avec d’autres archives. Y compris celles auxquelles on aurait tendance à accorder une grande fiabilité, par exemple les répertoires alphabétiques des registres matricules militaires.

Cette période de commémoration de la Première Guerre mondiale a conduit un vaste public vers les archives qui témoignent du conflit.  Les services détenteurs ont multiplié les efforts pour répondre aux attentes des usagers, chercheurs et généalogistes confirmés ou purs néophytes. En particulier Archives départementales et Archives nationales d’Outre-mer (ANOM) ont numérisé les fiches matricules (ou états signalétiques et des services, ESS), mettant ainsi à portée du plus grand nombre le document essentiel à la reconstitution du parcours d’un combattant de la Grande Guerre.

La méthode de recherche est plutôt simple. Il suffit de connaître la classe d’âge du personnage (l’année de ses 20 ans), et son domicile à l’époque, pour identifier le bureau de recrutement dont il dépendait. On consulte la table alphabétique de la classe et du bureau en question pour repérer le numéro matricule du jeune homme. Avec le numéro on se reporte au registre, trouver la fiche est alors un jeu d’enfant. Bien, mais quand ça ne marche pas ? Quand, après avoir appliqué la méthode point par point, on ne trouve pas ? Un petit diagnostic s’impose. Il convient de savoir si l’erreur vient du chercheur ou si l’échec est dû à une anomalie des archives.

Est-ce le bon bureau ?

Si je ne trouve pas mon personnage dans la table alphabétique c’est peut-être que je ne cherche pas dans le bon bureau. L’erreur peut avoir plusieurs sources. J’ai localisé le jeune homme dans telle commune, je suis sûr qu’il y réside à 20 ans. Oui mais ce n’est pas son domicile légal. Mineur de moins de 21 ans son domicile est celui de ses parents. Il habite ailleurs, chez son patron par exemple, mais ses parents sont domiciliés dans le département voisin. Au titre du recrutement militaire le garçon dépend du bureau dans le ressort duquel se trouve le domicile de ses parents (sauf s’il est déjà marié). Autre source d’erreur : le découpage des subdivisions militaires n’est pas toujours celui des circonscriptions administratives civiles. Il arrive que des cantons d’un département dépendent d’un bureau situé dans le département voisin. Les inventaires, en ligne ou en salle de lecture des Archives, signalent ces cas particuliers. C’est au généalogiste de ne pas passer à côté.

Tirage au sort en 1902 (archives.ville-saint-denis.fr)

Est-ce la bonne classe ?

La question n’est pas de savoir si je me suis trompé sur l’âge du personnage. Partons du principe que le travail généalogique a été bien fait en amont. En revanche il arrive que des jeunes gens soient enregistrés avec une autre classe d’âge. C’est par exemple le cas de garçons nés en France de parents étrangers. À l’époque ils se prononcent sur le choix de leur nationalité à leur majorité (loi de 1886). S’ils décident d’être français on les retrouvera dans la classe correspondant à leur vingt-et-unième année. C’est aussi le cas des naturalisés, ayant acquis la nationalité française bien après l’âge de 20 ans mais encore assujettis aux obligations militaires. Il faut alors connaître la date de naturalisation pour rechercher le personnage dans la liste complémentaire de la table de l’année suivante.

(Archives départementale de l'Ariège)
Ajourné (Archives départementale de l'Ariège)

Ai-je bien utilisé la table ?

Cette question prolonge la précédente remarque. Les tables sont constituées d’une liste principale et d’une liste complémentaire. On trouve dans cette dernière les naturalisés mais aussi les sursitaires ou ceux qui ont été omis dans leur classe. Pour ces derniers la liste renverra à leur classe de rattachement et ils figureront aussi dans la table de cette classe, dans la liste principale cette fois. Si on consulte en ligne et que le menu ne distingue pas les deux listes, il faut garder à l’esprit que les feuillets consacrés à la liste complémentaire (quand il y en a une) se trouvent en fin de volume. Mais parfois la table présente tout simplement des particularités de reliure. Ainsi quelques cantons de l’Yonne font l’objet de tables alphabétiques séparées pour un même bureau, donc reliées dans un même volume. On peut facilement rater un nom si on ne tient pas compte de ce détail, en croyant par exemple avoir épuisé toute la lettre A alors qu’elle recommence plus loin.

Acher, 1898 (recherche-archives.doubs.fr)
Acher, 1917 (recherche-archives.doubs.fr)

Et si c’était logique de ne rien trouver ?

Avant 1905 le service militaire n’est pas obligatoire et universel. C’est la conscription qui l’est. Le tirage au sort est toujours en vigueur. Selon la période sur laquelle je travaille le jeune homme peut très bien ne pas avoir eu de fiche matricule parce qu’il avait « tiré le bon numéro ». Pour le savoir il faudra revenir en arrière, en consultant d’autres types d’archives produites au cours du processus de conscription (recensement communal, listes de tirage au sort, listes du recrutement cantonales). Le jeune homme a aussi pu être exempté, soit à cause d’un handicap, soit parce qu’il a fait choix d’une carrière ecclésiastique. Il peut aussi ne pas être enregistré parce qu’au contraire il est élève d’une école spéciale militaire. Là encore l’explication sera trouvée en reprenant les étapes à rebours.

Exempté (AD de la Drôme, bureau de Montélimar, classe 1910, cote 1R298)

Exemptés réintégrés (AD de la Drôme)

Mais si l’erreur ne venait pas de moi ?

Après avoir tout vérifié, je suis sûr de la classe et du bureau. J’ai même la preuve que mon ancêtre a porté l’uniforme. Pourtant son nom ne figure pas dans la table, ou encore un nom approchant est mentionné mais avec une orthographe différente, ou pire, son nom est inscrit mais le numéro matricule renvoie à la fiche d’un autre soldat. Comme tous les documents produits par l’homme les archives sur lesquelles nous travaillons peuvent présenter des failles. Tous ces cas de figure arrivent. Un nom mal orthographié incite le généalogiste à vérifier, quoiqu’il en soit, surtout si les prénoms sont concordants. Il se rendra compte en consultant la fiche que l’erreur ne venait que de la table. Le numéro porté par erreur par le rédacteur de la table démontre quand même que le jeune homme a été enregistré dans ce bureau. C’est une certitude. Il ne reste plus qu’à feuilleter patiemment les registres… Quant à l’omission pure et simple dans la table elle peut aussi se produire. On a même une idée du taux d’erreur. Lorsque les Archives départementales des Yvelines ont procédé à l’indexation des fiches matricules des classes 1890 à 1921 la saisie a d’abord été effectuée à partir des tables. Le relevé nominatif a ensuite été confronté aux fiches elles-mêmes. Ce travail de correction a permis de constater que 7.700 soldats, sur un total 175.000, ne figuraient pas dans les tables. Ce n’est pas rien.

Table, liste complémentaire (recherche-archives.doubs.fr)

Comme pour notre mariage du début, une fiche peut donc exister sans que le nom figure dans la table alphabétique. Mais comme pour ce mariage, avant de penser à l’exception il faut consolider son hypothèse de départ. Comment ? D’abord en passant en revue toutes les erreurs que j’aurais pu commettre et qui font que je cherche dans le mauvais bureau la mauvaise année. Ensuite en cherchant l’indice à la périphérie. Par exemple le personnage est peut-être mort pour la France. Sa fiche sur le site Mémoire des hommes mentionne le bureau et son numéro matricule au recrutement. Ces mêmes renseignements figurent sur d’autres documents qui subsistent peut-être dans la famille, le livret militaire par exemple. Est-ce que je l’ai cherché ? Pour finir, si je n’ai trouvé nulle part ces informations incidentes j’irai aux Archives départementales pour valider mon hypothèse. Je reprendrai les différentes étapes du processus de conscription (liste de tirage au sort, liste de recrutement cantonale). Une fois que j’aurai la preuve que mon personnage était bien là, et apte au service, je serai peut-être amené à consulter, page par page, le (ou les) registre(s) de 500 feuillets. Mais au moins ce sera avec la certitude que je vais y trouver la fiche.

L’indexation, solution miracle ?

Sur Internet le portail Grand Mémorial inauguré le 11 novembre 2014 a vocation à devenir le point d’entrée unique pour rechercher la fiche matricule d’un combattant de la Grande Guerre. Autrement dit plus besoin de connaître ni la classe, ni le bureau de recrutement. Il suffira de saisir un nom dans un champ et en un clic la fiche apparaîtra. Mais pour que ce rêve de généalogiste devienne réalité il faut non seulement que toutes les fiches aient été numérisées mais surtout qu’elles aient été indexées. À ce jour 25 services d’Archives départementales ont accompli la démarche et intégré leurs bases au Grand Mémorial (certains parmi ces départements n’ayant indexé qu’un nombre réduit de classes sur toutes celles impactées par la Première Guerre mondiale, 1887 à 1921). Autant dire que si une requête entraine une réponse négative cela n’a pas une grande signification. Au mieux cela suppose que le soldat pouvait dépendre du bureau de l’un des départements qui n’a pas contribué à Grand Mémorial. Mais il faut surtout prendre en compte le niveau d’exigence de l’indexation. Sans même parler de la possible erreur de l’opérateur de saisie lors de la constitution de la base de données, la vraie question est de savoir si elle a été réalisée à partir des tables ou à partir des fiches.

Le projet est beau et tant mieux si notre recherche trouve son aboutissement grâce aux indexations déjà réalisées. Mais si ce n’est pas le cas il est indispensable de connaître la mécanique du recrutement en détail, pour savoir détecter l’éventuelle faille dans les archives et, au final, trouver la fiche matricule, quand même.

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  • Alain CATHALA


    4 juin 2016

    super ,Merci pour cette info, une pierre de plus à notre édifice

  • joelle spozio Serrano


    6 juin 2016

    Interessant pour moi qui recherche ce qu’est devenu mon pere ,engage volontaire a Dijon 21 France(COAA),apres sa capture en septembre 1940 ,listes allemandes;il fut envoye en stalag en Haute Silesie.J’aimerais savoir le lieu,la duree de sa captivite.Comment s’en est-il sorti?
    il reapparait a Dijon apres guerre46 ou 47 ou il fait connaissance de ma mere.
    comment chercher cela?

    • Elisabeth


      7 juin 2016

      Bonjour Mme Spozio-Serrano, il vous faut donc consulter le site web des archives départementales d’où était originaire votre père. Faites une recherche en ligne pour voir si vous pouvez accéder à la fiche matricule de votre père et avoir les réponses à vos premières questions.

  • bayle odette


    6 juin 2016

    Bonjour, je recherche le matricule de mon père,qui a fait les
    4 années de la guerre de1914, il habitait Paris, j’ai chercher aux arc hives
    mais je n’ai rien trouvé, pouvez vous m’aider?
    Merci, cordialement

  • guyot


    4 juillet 2016

    merci pour toutes ces précisions, bien utiles quand on est dans le brouillard !!!

  • ROBELIN M


    5 juillet 2016

    Mon père né en 1909 a été fait prisonnier près d’Altkirch (68)dès le début de la guerre et envoyé dans une ferme en Allemagne comment retrouver son parcours ?

  • daniel giroux


    29 juillet 2016

    voilà un bel article bien argumenté.je confirme que l’on peut être déçu par les archives : j’ai trouvé mon grand-père dans la table alpha de BRIVE mais le numéro est faux, j’ai lu l’ensemble des fiches de Corrèze et de Dordogne des classes 1916-17-18 sans résultat .

  • OPPORTUNE


    8 août 2016

    Bonjour ! Cet article est très intéressant. Pour ma part, j’ai retrouvé mon arrière-grand-père dans la table décennale avec son numéro matricule. Mais sa fiche est introuvable dans le registre correspondant… Que faire ensuite ? Je sais qu’il est mort pour la France, je connais la nature, la date et le lieu de sa mort, je sais où se trouve sa sépulture… Mais j’aurais beaucoup aimé lire sa fiche matricule et connaître ainsi son parcours pendant la grande guerre…