Centenaire 14-18 : comment reconstituer le parcours médical des soignés et des soignants

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Ceci est un guest post écrit par Jérôme Malhache, généalogiste professionnel installé en région parisienne. Il partage son expérience des archives à travers des articles et des cours dans lesquels il analyse sources et méthodes de recherche. Ses précédents billets portaient sur la fiche matricule, les JMO et les Morts pour la France.

Après avoir passé en revue les principales archives qui nous restituent le parcours des combattants de la Grande Guerre, essayons d’envisager d’autres sources. Ces autres archives ne sont pas sollicitées en priorité. Elles sont pourtant susceptibles de concerner plus de la moitié des huit millions de Français mobilisés : les 4,3 millions de blessés. Bien entendu cette catégorie recouvre en partie celle des Morts pour la France. D’ailleurs le cas du soldat mort des suites de ses blessures présente une configuration propice à la reconstitution d’un parcours médical. Et si nous nous intéressons aux soignés, il faudra aussi prendre en compte les soignants.

Des indices

La plupart du temps le généalogiste relève l’indication d’une blessure sur la fiche matricule du Poilu, dans le petit cadre intitulé « blessures, citations, décorations, etc. ». On apprend par exemple qu’un soldat a été grièvement blessé au crâne par un éclat d’obus le 1er août 1917. Mais d’autres parties de la fiche, parfois surchargée de feuillets collés (les « retombes »), complètent l’information. C’est le cas pour ce même homme dont les graves lésions entrainent la réforme avec pension d’invalidité. Un autre soldat est blessé une première fois le 1er février 1915 puis à nouveau le 9 avril 1916. Enfin un chasseur du 3e bataillon de chasseurs à pied est blessé le 3 août 1915 pendant la bataille du Linge puis le 14 octobre suivant dans la Somme. Passé ensuite au 5e BCP, il décèdera le 1er octobre 1916 à l’arrière « tué dans une rixe » dit sa fiche sur le site Mémoire des hommes (non mort pour la France). Le point commun de ces exemples tirés de fiches matricules réside dans le fait que le parcours médical du blessé n’y est pas détaillé. On sait où l’évènement s’est produit mais la suite, l’évacuation, l’hospitalisation, ou le lieu de l’éventuelle convalescence, ne figure pas sur le feuillet individuel.

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C’est le cas général, même si l’on peut toujours rencontrer des exceptions. Ainsi on collecte parfois un indice supplémentaire dans la fiche matricule, lorsque le soldat meurt à l’ambulance, au début de son évacuation, la formation sanitaire peut être indiquée. Mais la plupart de temps les pistes sont suggérées par d’autres documents tels que la fiche Mort pour la France quand le combattant décède des suites de ses blessures à l’hôpital, à l’arrière. Les archives publiques ne sont pas non plus les seules pourvoyeuses d’information. Les souvenirs, les papiers conservés par la famille, peuvent aussi indiquer une piste de recherche. Ce sera par exemple une carte postale envoyée de l’hôpital sur laquelle figurent, photographiés en groupe, les convalescents et les religieuses qui les soignent ou bien encore un bulletin de santé adressé à la famille.

Des pistes à suivre… ou pas

Recherchant un blessé le généalogiste se tourne alors vers le Service des archives médicales hospitalières des Armées (SAMHA) de Limoges. Le SAMHA conserve les archives des hôpitaux militaires (et celles des salles militaires des hôpitaux mixtes) et des formations sanitaires militaires, dont un important fonds 14-18. Précisons que ce service n’est pas ouvert au public et que les recherches se font par correspondance.

La démarche est logique mais attention : ces archives ne sont que le reflet de procédures administratives qui ont évolué tout au long de ce conflit hors normes. Par conséquent, selon la période ciblée, les recherches ont plus ou moins de chances d’aboutir. Ainsi, dans deux des exemples mentionnés ci-dessus, les demandes adressées au SAMHA sont restées infructueuses. Pourtant dans un cas nous avions non seulement la fiche matricule (donc le corps, la date de la blessure, la date de retour aux armées) mais aussi la carte postale avec photo et localisation de l’hôpital. Et dans l’autre cas, en plus de la fiche matricule, les bulletins de santé et l’acte de décès dans un hôpital de l’arrière. Alors pourquoi ? Parce que les blessures sont survenues trop tôt (1914 et 1915). Or, le principal outil de recherche dans le fonds 14-18 est le fichier général constitué à partir d’un document, le bulletin individuel 46 C. Et ce bulletin, qui permet de suivre pas à pas le parcours du blessé, n’a été introduit qu’à partir de septembre 1916. Il existe bien pour la période antérieure des contrôles nominatifs des unités mais leur exploitation semble plus aléatoire.

D’autres recherches

Il faut distinguer dans la chaîne médicale les formations de l’avant (groupes de brancardiers, ambulances, postes de secours), des formations de l’arrière, les hôpitaux de l’intérieur. Et, parmi ces derniers, les hôpitaux permanents (hôpitaux militaires et hôpitaux mixtes, c’est-à-dire civils mais avec des salles réservées aux militaires, la plupart du temps dans les villes de garnison sans hôpital militaire) des hôpitaux temporaires. Ceux-ci peuvent être des hôpitaux complémentaires (militaires) ou auxiliaires (Croix-Rouge française par exemple). Enfin on trouve des hôpitaux bénévoles, relevant d’initiatives privées. Toutes ces formations de l’arrière fonctionnant en cohésion avec le Service de santé des armées, il reste possible, selon les cas, de trouver des documents aux Archives départementales (en général en séries R, X ou H-dépôt).

Des éléments de contexte

Faute de parvenir à trouver les archives d’un hôpital temporaire de l’arrière qui n’a existé que le temps de la guerre, on peut remonter à l’évènement. Autrement dit puisque qu’aucun dossier médical ou autre document qui m’éclairerait sur la convalescence du soldat n’a été conservé, je vais m’intéresser au moment de la blessure. En effet, s’il y a une donnée systématiquement mentionnée sur la fiche matricule, c’est bien la date et le lieu de l’évènement. On se souvient que les journaux des marches et opérations (JMO) des Services de santé et des Groupes de brancardiers sont consultables sur le site « Mémoire des hommes ». Ces formations sont rattachées aux grandes unités (divisions, corps d’armées, armées). Il convient donc de travailler au préalable sur le régiment du Poilu, comme cela a déjà été décrit : ce régiment rentre dans la composition de telle brigade, au sein de telle division, etc. À partir de là il sera possible d’aller au plus près de l’évènement, à l’endroit et au moment où a commencé la prise en charge du blessé. Bien entendu on ne lira pas son nom, mais on saura qu’il a fait partie de ce groupe évacué à destination de telle formation sanitaire.

Des hommes et des femmes

Du côté de ceux qui soignent, la recherche d’un médecin ou d’un infirmier militaire est conforme à celle sur les autres combattants de la Grande Guerre. On reconstitue le parcours d’un infirmier, homme du rang ou sous-officier, grâce à sa fiche matricule (série R des Archives départementales). Quant aux médecins, on recherche leur dossier individuel au Service historique de la Défense (SHD) au château de Vincennes. En sous-série GR YE jusqu’au grade de médecin principal de 1ère classe (équivalant au grade de colonel) et en sous-série GR YD à partir et au-dessus du grade de médecin inspecteur (général de brigade).

Médiathèque de l’architecture et du patrimoine

S’agissant des femmes, elles ont déployé leur dévouement en qualité d’infirmière ou d’ambulancière. Cette réalité recouvre différents statuts, puisqu’elles pouvaient être rattachées soit à un service social de l’armée soit à une organisation humanitaire (l’Association des Dames françaises ou l’Union des femmes de France par exemple). Présentes dans les formations de l’avant, elles ont souvent été décorées. C’est par ce biais, entre autres, que se sont constitués des embryons de dossiers individuels que l’on peut retrouver au Centre des archives du personnel militaire (CAPM) à Pau dans le fonds dit des « féminines ». Mais ces dossiers sont rares. Le généalogiste peut aussi tenter d’orienter ses recherches vers les archives de la Croix-Rouge française dont certaines délégations ont déposé leurs fonds aux Archives départementales ou aux Archives municipales.

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  • GIANNINI – VASSEUR Colette


    12 mai 2017

    Ma grand-mère paternelle Banche NOVION épouse VASSEUR a fait partie de ces femmes courageuses qui pendant la Première Guerre mondiale 14/18 étaient infirmières.
    Je n’ai pas beaucoup de renseignements connus de cet épisode de l’histoire, mais je sais par ma famille, qu’elle avait été fière d’avoir participé et aider son prochain à faire son devoir pendant ces périodes si pénibles….