Centenaire 14-18 : le journal des marches et opérations (JMO)

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Ceci est un guest post écrit par Jérôme Malhache, généalogiste professionnel installé en région parisienne. Il partage son expérience des archives à travers des articles et des cours dans lesquels il analyse sources et méthodes de recherche. Son précédent guest post portait sur la fiche matricule.

Sur la piste d’un combattant de la Première Guerre mondiale, le généalogiste n’arrête pas son travail une fois la fiche matricule trouvée. Au contraire. La découverte de ce document lui pose de nouvelles questions, tout en lui fournissant des clefs. Cette citation due à la bravoure dont le soldat a fait preuve tel jour à tel endroit ou la blessure reçue tel autre jour donnent envie d’en savoir plus. Dans quelles circonstances ces événements se sont-ils produits ? Des dates, des lieux, cela suffit pour collecter des informations dans des sources documentaires sur la Grande Guerre. Mais ça reste un point-de-vue général. Le généalogiste voudrait zoomer au cœur de l’action. Il peut le faire en consultant le journal de l’unité où servait son ancêtre, le journal des marches et opérations (JMO). Même si le soldat n’y est pas nommément désigné, l’analyse du contexte va permettre de saisir les détails de son parcours de guerre.

La recherche est simple puisqu’il suffit de connaître l’unité (numéro et intitulé du régiment ou du bataillon) et cette donnée a été trouvée dans la fiche matricule (ou tirée du livret militaire, ou même d’une fiche « mort pour la France »). Elle est d’autant plus simple que les JMO ont été numérisés et qu’ils sont consultables sur le site Mémoire des Hommes. On aurait tort d’hésiter. En gardant quelques notions à l’esprit quand même.

Sur le contenu

L’instruction du 5 décembre 1874 instaure le JMO et en précise la teneur. Il doit être un « récit fidèle, jour par jour, des faits, depuis la mise en route jusqu’à la fin des opérations ; il ne doit donc jamais être établi après coup ». Le généalogiste s’étonnera alors peut-être de l’écriture régulière des pages qu’il a sous les yeux. Mais il faut savoir que les journaux étaient recopiés a posteriori. Cela n’enlève rien à l’authenticité et à l’actualité des notes qui y sont reportées. L’instruction recommande aussi une tenue minutieuse de l’état des pertes qu’il s’agisse des tués, des blessées, des prisonniers et des disparus. Elle prévoit que : « les officiers, sous-officiers et soldats y seront tous désignés nominativement ». Mais c’était sans savoir, et pour cause, ce que serait le chaos de la Grande Guerre. Autant les noms des officiers sont portés dans les JMO de 14-18 autant il est rare, sauf parfois au début du conflit, d’y trouver les noms des sous-officiers ou des hommes du rang. Seulement des nombres. Toutefois il n’est pas exclu d’y découvrir des listes nominatives de pertes. C’est par exemple le cas dans l’extrait ci-dessous du JMO du 160e RI au 12 novembre 1914, après les combats de Saint-Eloi (bataille de l’Yser). En revanche lorsqu’une action d’éclat est rapportée les noms des protagonistes sont mentionnés quel que soit leur grade.

JMO, 160e RI, Saint-Eloi, Mémoire des Hommes (Cliquez pour agrandir)

Sur l’identification du bon journal

Tous les renseignements utiles pour trouver le JMO sont contenus dans la fiche matricule. Mais attention à l’interprétation. Un soldat peut faire l’objet de mutations successives dans différentes unités. Il convient d’en suivre la chronologie. Les dates figurent dans le pavé « détail des services et mutations diverses » de la fiche, non pas dans la colonne de droite qui récapitule simplement la liste des corps d’affectation. La recherche sur Mémoire des Hommes est alors des plus simples puisque pour une même unité les différents volumes du JMO sont répertoriés par dates. Qui plus est, dans un même volume, un outil permet à l’internaute de sélectionner la période qui l’intéresse. Mais autant la méthode est aisée pour un régiment d’infanterie, autant elle requiert la plus grande attention pour l’artillerie ou pour le génie. Artilleurs ou sapeurs d’un même régiment sont répartis en batteries ou escouades selon les besoins. Par ailleurs l’artillerie est réorganisée au printemps 1916. Des batteries provenant de différents corps mais appartenant à une même armée sont regroupées dans un unique régiment. Pour être sûr de consulter le bon journal et donc de suivre son ancêtre sur le bon théâtre d’opérations, il faut être attentif aux détails (batteries, compagnies) et pas seulement au numéro du régiment. Ce serait dommage d’étudier en détail les mouvements dans les Balkans alors que le Poilu se trouvait alors à Verdun. Connaître l’organisation devient une nécessité absolue.

Sur l’organisation et les sources complémentaires

L’élément organique de base de l’armée française pendant la Grande Guerre est la division d’infanterie. Au fil du conflit sa composition évolue. Elle comprend d’abord 4 régiments d’infanterie pour en compter 3 en 1918 ; 1 régiment d’artillerie de campagne (auquel s’ajoute un groupe d’artillerie lourde par la suite) ; 1 escadron de cavalerie ; 1 compagnie du génie (portée à 1 bataillon). Enfin elle sera complétée par une escadrille. Soit un effectif d’environ 15.000 hommes. Plusieurs divisions sont regroupées en corps d’armée. Au sein des divisions deux régiments forment une brigade. Brigades, divisions, corps d’armées sont désignés comme les « grandes unités ». Les grandes unités ont leurs propres JMO, celui de leur état-major mais aussi ceux des services qui y sont rattachés comme la prévôté, le service de santé ou un groupe de brancardiers.

Les armées françaises, BnF Gallica. (Cliquez pour agrandir)

Ces JMO complètent la recherche, mais ils peuvent aussi bien constituer le cœur de la recherche. En particulier si le JMO de l’unité est manquant pour la période qui nous intéresse. On essayera ainsi de combler les lacunes du JMO d’un régiment en consultant celui de la brigade. Mais se pose alors la question de l’organisation de l’armée française. Comment savoir que tel régiment entre dans la composition de telle brigade, que celle-ci appartient à telle division, laquelle fait partie de tel corps d’armée ? On trouvera sur Mémoires des Hommes le chemin vers les outils qui permettent d’y voir plus clair. Car en fait ces outils, les Historiques régimentaires et la série des volumes des Armées françaises dans la Grande Guerre (AFGG) sont hébergés sur Gallica. L’historique va permettre de situer l’unité dans l’ensemble de l’organigramme. Par exemple, en travaillant sur le parcours d’un canonnier incorporé au 2e groupe d’artillerie de campagne d’Afrique (donnée tirée de la fiche matricule), l’historique nous apprend que cette unité, avec les 1er et 3e groupes, formait l’artillerie de la 37e division d’infanterie. On se reportera alors au 2e volume du tome X des AFGG (ordre de bataille des grandes unités) pour découvrir la composition de la 37e division et ses principaux mouvements. On pourra alors travailler sur les JMO de la division, travail qui complètera les recherches effectuées dans celui du 2e groupe d’artillerie de campagne. Ainsi différents projecteurs éclaireront non seulement un évènement (une action d’éclat) mais aussi l’ensemble du parcours de guerre.

Historique régimentaire, BnF Gallica. (Cliquez pour agrandir)

Sur les autres armées

La méthode de recherche décrite s’applique à l’armée de Terre. Mais des sources équivalentes existent pour les autres armées. Pour la Marine bien entendu, puisqu’on y tient des journaux depuis bien plus longtemps que les JMO, les journaux de bords et de navigation. Ils sont eux aussi numérisés et disponibles sur Mémoires des Hommes. Classés par nom de navire, une recherche par type de bâtiment est aussi possible (sous-marin, croiseur, etc.). Enfin, 14-18 marque l’apparition de l’ancêtre de l’armée de l’Air, l’aéronautique militaire. Là encore des sources sur les unités sont disponibles : carnets de comptabilité en campagne et JMO répartis entre escadrilles et compagnies d’aérostiers.

Recherche dans la Marine. Mémoires des Hommes. (Cliquez pour agrandir)

En conclusion, quelques clics suffisent pour que le généalogiste se fasse le biographe et l’historien d’un combattant de la Première Guerre mondiale, et lui rende le plus bel hommage.

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  • Hofmann


    18 juillet 2016

    Je suis à la recherche de Georg Hofmann né en Allemagne palatinat en 1847 .Residant à Forbach (France) puis à styring Wendel (Adalbert.1874)puis fontoy ,puis Montigny-lès-Metz, (Adolphe.1903)(vincent 1947) Cyril 1972) Dernier lieu de résidence ,Chambrey ,57100, prés de Châteaux.salins.Avec sa 2eme épouse ,Helena Hofmann (Ogé)et ses trois filles ,dont Marthe ,d.c.d, en 1902.pour l’instant aucune recherche n’a aboutie ? Dernier emplois ,Wagenmeister ,sur la ligne ,Metz ,Chateaux-salins ? Cordialement.0387627359.

  • Jean Larouche


    5 août 2016

    Existe-t-il un processus similaire pour la guerre 39-45 ?

  • Loubinoux


    5 août 2016

    Je suis à la recherche de mon grand-père paternel Eugène Loubinoux
    ayant vécu au début de 20e siècle à Paris au 40 av. de St Ouen puis au 128 Bd de Clichy après avoir fait fortune en inventant les comptoirs en étain pour les cafés auvergnats, ainsi que de son beau-frère le colonel Vabre dont il hérita du château de Fléryat à Viriat dans l’ain à 3 klms de Bourg en Bresse et qui servit sous le Maréchal Niel fin 19è siècle.
    Merci d’avance.

  • Suzanne Labbé


    6 août 2016

    A quand les infos sur la 2eme guerre ? Mon père était soldat dans le 22ème régiment. J’ai son matricule et son certificat de sortie de l’armée. Enfant adopté il est décédé en mars 1987, je n’ai aucune autre information à savoir ses parents adoptifs et lieu de naissance.
    J’imagine que lorsqu’il s’est enrôlé il a donné ses informations là !

  • GILLOTEAUX


    7 août 2016

    MES 2 GRAND PERES ON FAIT LA GUERRE UN EN FRANCE ET L’AUTRE EN BELGIQUE

  • JEAN GENEA


    7 août 2016

    Les JMO 1914/1918 sont en ligne, sauf pour celui du 2éme régiment de zouaves. Comment procéder pour un accès depuis 1874?.

  • DDagherir


    7 août 2016

    Merci pour votre note utile. Malheureusement, quelques JMO ne sont pas numérisés (cas du 317e RI). Il faut aller consulter le document aux archives militaires au château de Vincennes…

  • Jérôme


    8 août 2016

    Pour répondre à Jean, oui, il existe un processus similaire pour la guerre 39-45. Après la fiche matricule du combattant, on peut rechercher les JMO des unités ou d’autres archives collectives. En sous-séries GR 27N à 34 N du SHD pour 1939-1940, et en série GR P pour la période juin 1940 à 1946 (incluant les troupes de Vichy, de Londres et d’Alger, et la Résistance). Mais attention, primo, rien n’a été numérisé, secundo, de nombreux JMO ont été perdus pendant la débâcle de juin 40 et ont été reconstitués (ou pas) plus tard par les officiers, souvent en captivité.

  • Jérôme


    8 août 2016

    Suzanne, comme pour un combattant de la Première Guerre mondiale on peut rechercher la fiche matricule d’un combattant de la Deuxième. Sur celle-ci figure l’état civil complet (avec filiation) du soldat. Pour quelqu’un qui a été adopté c’est celui fixé par le jugement d’adoption car l’administration n’en connait pas d’autre. Les répertoires alphabétiques et les registres matricules des classes de cette période ont été versés aux archives départementales. Mais ils ne sont pas en ligne.

  • Michèle baldo


    9 août 2016

    Grâce à un site de généalogie , j’ai retrouvé le frère de ma grand-mère maternelle sur Mémoire des Hommes, au 23ème Alpin de Grenoble, mort pour la France, Honneur et Patrie ! pour tous ces jeunes hommes !

  • dufourt


    29 août 2016

    Pendant le conflit mon grand père part pour « Le grand voyage » je cherche encore aujourd’hui jusqu’où il a été.
    • 27/01/1917 Toulouse adresse état major du PAD30 secteur postal130
    • 2/2/1917 Toulouse départ pour Toulon traversée en mer jusqu’en Italie à Brendisi puis traversée de l’adriatique adresse état major du PAD 30 secteur postal 515
    • 26/2/1917 ils accostent où je ne sais pas ? certainement sur les cotes d’Albanie et ensuite a pieds ils rejoignent la Macédoine
    • le 27/6/1917 ils sont toujours en marche…
    j’ai ces renseignements par sa correspondance. le PAD parc d’artillerie déportée a été attaché a un regiment mais lequel ?