Entretien avec Wilfried Lehoux, blogueur des Histoires d’autres temps

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Dans le cadre de notre rubrique sur les personnalités de la généalogie, nous avons invité le jeune généablogueur Wilfried Lehoux, auteur du blog Histoires d’autres temps à répondre à notre questionnaire.

Présentez-vous-en quelques lignes.

Étudiant en histoire, j’ai tout juste vingt-et-un ans et me suis lancé il y a bientôt une dizaine d’années à la recherche de mes ancêtres. La généalogie est devenue une passion quotidienne dont je ne me lasse pas. Je vis dans une commune où certains de mes ancêtres vivaient déjà il y a cinq siècles, dans une famille animée d’une certaine curiosité intellectuelle et dans laquelle nous aimons l’Histoire. J’ai un profil nettement littéraire : j’aime écrire des textes, des poèmes, voyager, mais aussi m’évader d’une époque à l’autre et comprendre la vie de chacun de mes ancêtres.

Comment est né votre intérêt pour la généalogie ?

Mon intérêt pour la généalogie, même s’il est le fruit d’une curiosité presque naturelle, peut s’expliquer par plusieurs facteurs. Ma passion pour l’Histoire, de l’Antiquité au XIXe siècle, a joué un rôle prépondérant : après tout, n’est-il pas extraordinaire de pouvoir connaître sa propre histoire, celle léguée par ses ancêtres, de mettre en lumière le passé familial ? Le contexte familial a pu également jouer : mes grands-parents paternels sont décédés bien avant ma naissance, et mon arrière-grand-mère maternelle a quitté sa famille du jour au lendemain lors de la Seconde Guerre mondiale, a littéralement disparu, laissant un mystère considérable autour de son existence. J’ai paradoxalement toujours entendu parler de mes ancêtres les plus proches. Le passé familial ne m’était ainsi pas inconnu en dépit des zones d’ombre qui perduraient. L’élément déclencheur a cependant été la découverte, par hasard, dans un coffre que mon père tient de sa grand-mère – une femme qui traversa le XXe siècle avec une indépendance et un caractère particulièrement marquants – de photographies très anciennes. Ces visages, pour la plupart inconnus, m’ont toutefois semblé étrangement familiers. Tout cela m’a poussé à rechercher mes ancêtres, et la généalogie est une quête qui, heureusement d’ailleurs, ne semble pas avoir de fin !

Quelle est l’origine de votre nom de famille ?

J’aime particulièrement l’étymologie, mon nom de famille laisse entendre qu’il y avait du houx aux abords de la maison de mon lointain ancêtre. Ce nom semble venir des Pays de la Loire, avec par la suite une importante fréquence au Québec. Mon arrière-arrière grand-père Arsène Lehoux et ses ancêtres étaient originaires des confins de la Touraine, de l’Anjou et du Maine. Arsène Lehoux, qui vécut centenaire, fit avant que n’éclate la Première Guerre mondiale une belle carrière dans la viticulture et produisait du Jasnières, un vin blanc typique de cette région. Plusieurs branches de mon arbre généalogique sont intimement liées à la viticulture : mon arrière-grand-mère maternelle était issue de familles de viticulteurs du Sud-Ouest, d’Eauze, capitale de l’Armagnac. Je n’ai pas encore trouvé de lien entre les Lehoux dont je descends et ceux qui sont partis au Canada ; en revanche je suis fier de mon nom car mon père et moi sommes les derniers descendants, sur au moins cinq générations, à le porter. Les autres familles dont je descends ont exercé des professions très diverses, je crois avoir trouvé un peu de tout : marchands, artisans, paysans, citadins ou ancêtres atypiques…

Quelle est votre découverte généalogique la plus marquante ?

Il me serait difficile d’énumérer toutes les découvertes que j’ai pu faire grâce à la généalogie, mais l’une des plus marquantes a été de retrouver, plus de quarante après le centenaire d’Arsène Lehoux, des cousines descendant de cette famille, et qui comme mon père se trouvaient sur la photo du centenaire. Elles ont conservé de très anciennes photos de nos ancêtres, certaines remontant aux années 1860 et jusqu’à des ancêtres nés au XVIIIe siècle, qui ont vécu les débuts de la photographie. Mais c’est bel et bien le carnet de poésie de mon arrière-arrière grand-mère Valentine Trevet, épouse d’Arsène Lehoux, qui m’a le plus ému. Elle l’a commencé en juin 1894, à l’âge de dix-sept, et écrivant parfois moi-même des poèmes, j’ai ressenti comme un lien particulier. Une autre découverte importante a été la confirmation, par les tests ADN, que ma grand-mère paternelle avait bien les origines italiennes qu’on lui présumait. Récemment, j’ai aussi pu prouver la véracité d’une légende à propos de la famille de mon grand-père maternel, enracinée dans l’Aude et le LanguedocRoussillon. Chaque ancêtre réserve, à sa manière, un ensemble de surprises et de secrets.

Famille Trevet, 1894 : mon arrière-arrière grand-mère Valentine est assise à gauche. Elle commença l’écriture de son carnet de poésie la même année.

Pouvez-vous nous en dire plus sur votre blog Histoires d’autres temps ?

La rédaction d’un blog est pour moi une évidence : je suis quelqu’un de littéraire dans le sens où j’attache une importance primordiale à l’écriture, aux ressentis, aux impressions. Mon quotidien peut être une source d’inspiration romanesque. La généalogie, si elle me permet de découvrir tant de choses sur mes ancêtres, requiert également une démarche historique rigoureuse. Mon blog me permet ainsi d’associer trois de mes passions – l’écriture, la généalogie et l’Histoire – de synthétiser et de finaliser des recherches parfois très longues et de proposer mes propres hypothèses. J’ai souvent quelques problèmes ou différends avec le travail universitaire, alors mon blog me permet d’envisager l’Histoire dans une dimension plus personnelle, celle de mes ancêtres, mais aussi de garder une liberté stylistique. C’est une activité dans laquelle je m’épanouis beaucoup.

Un conseil pour les généalogistes débutants ?

La généalogie est une quête à travers les familles et les époques, réservant d’innombrables surprises et secrets, semée d’obstacles. Je recommanderais au préalable à toute personne débutant son arbre généalogique de se fier à son intuition, de ne pas se laisser désarçonner par des difficultés de lecture ou d’ordre méthodologique. Mais s’il y a deux conseils que je souhaite adresser et qui sont issus de ma propre expérience : ne pas aborder la généalogie sous le prisme, essentiel mais étriqué, des registres d’état-civil et paroissiaux. De très nombreuses autres sources – archives notariales, militaires, presse ancienne, légendes, toponymie… – existent et présentent un grand intérêt. Il serait dommage de les négliger. Mon autre conseil, très personnel bien sûr, est de s’affranchir de raisonnements stéréotypés. Je vois trop de gens, à mon goût, envisager la généalogie sous le prisme, d’une orientation politique, idéologique, d’un parti pris, des classes sociales, comme si le passé était une trajectoire unique que l’on pouvait schématiser et normaliser. Pour moi il est important de garder une curiosité saine et une approche neutre pour mieux décrypter les innombrables témoignages du passé, de notre passé. Et ne pas oublier que derrière chaque ancêtre, aussi lointain soit-il, se trouve une personne, un vécu, quelque chose d’unique.

Mon arrière-arrière-arrière grand-mère, dont j’ai découvert le visage en ouvrant le coffre

Pour conclure une petite annonce : « Est-ce que quelqu’un aurait connu ou entendu parler de mon arrière grand-mère Amélie Druillet, aussi appelée Lydia Laffargue, domiciliée dans le Gers, qui a quitté sa famille vers 1941/1942 et est morte à Auch en 1963. Une femme vraisemblablement très brune, aux yeux foncés ? Si vous pensez avoir des informations, même vagues ou anecdotiques, je vous remercie sincèrement de me contacter à wilfriedlehoux.genealogie@outlook.fr ».

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