9 bonnes raisons d’aller aux Archives nationales

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Ceci est un guest post écrit par Guillaume de Morant, journaliste spécialisé en généalogie depuis plus de 20 ans. Dans ses articles pour La Revue française de généalogie (RFG) et pour le site Web du magazine, il se consacre à l’actualité de la généalogie et des nouvelles technologies utiles à la recherche d’ancêtres. Il est l’auteur de nombreux hors-séries de la RFG (Votre ancêtre Poilu sur InternetArchives en ligne, mode d’emploiLe meilleur des bases de données), de plusieurs guides dans la collection généalogie des Editions archives et Culture (Les mormons et la généalogieRetrouver un ancêtre français parti à l’étranger) et de livres. Guillaume de Morant publie également ses articles dans la presse magazine grand public (Paris-Match, VSD, Le Point, Sang-Froid, le Canard Enchaîné).

Connaissez-vous les Archives nationales ? Elles méritent le détour, aussi bien pour la beauté architecturale des bâtiments que pour les séries d’archives conservées. Même si on ne peut pas sérieusement commencer une généalogie aux Archives nationales, on peut la poursuivre en y trouvant des sources exceptionnelles, parfois méconnues. Tour d’horizon.

1. C’est le cœur des archives du pays

Créées par un décret de l’Assemblée nationale en 1790, les Archives nationales ont pour vocation de conserver et de communiquer les archives des administrations centrales de la Nation française depuis le VIIe siècle. On pourrait dire que c’est ici que palpite le cœur des archives du pays. Sauf que ce cœur a quand même quatre ventricules : à Paris, les archives d’avant la Révolution, à Pierrefitte-sur-Seine, celles d’après 1790, à Aix-en-Provence, les Archives d’Outre-mer et à Roubaix, les Archives du Monde du Travail. Je laisse volontairement le 5e ventricule de côté, celui de Fontainebleau, car le site est inaccessible, ses fonds vont bientôt déménager et tout sera fermé d’ici 2020. A Paris, le Centre Historique des Archives Nationales (CHAN) a pour vocation d’accueillir les archives antérieures à la Révolution, avec l’exception du Minutier central des notaires de Paris dont les actes chevauchent le temps jusqu’à nos jours. A Pierrefitte, les bâtiments conservent les archives contemporaines postérieures à 1790.

2. Pour le Minutier central des notaires

Pour des raisons historiques, les minutes de plus de 75 ans des études parisiennes sont conservées ici et non aux archives départementales de Paris dans le XIXe arrondissement. Ce fonds est exceptionnel par son ampleur, il concerne les actes des 122 études notariales depuis leur création jusqu’au XXe siècle. Certains remontent au moyen âge. La plupart des étud ?es sont dotées de répertoires chronologiques parfois dès le XVIe siècle, souvent dès le XVIIe siècle, ces répertoires sont consultables sur Internet dans la Salle des Inventaires Virtuelle (SIV). Les minutes ne sont pas numérisées (sauf rares exceptions), il y en a plus de 20 millions, elles occupent près de 20 km de rayonnages… Des pans entiers de l’histoire de France dorment ici. Y compris peut-être des actes passés par vos propres aïeux… Après la disparition de l’état civil de Paris d’avant 1860 dans un incendie, c’est aussi parfois la seule chance de remonter un arbre généalogique parisien.

3. Pour les registres d’insinuation du Châtelet

Si vous ne connaissez pas la date exacte d’un acte notarié, ou si vous soupçonnez son existence, consultez les registres d’insinuation du Châtelet de Paris. L’insinuation, c’est l’ancêtre de l’enregistrement, une formalité obligatoire qui s’applique aux donations, contrats de mariages, testaments et autres actes passés devant notaire. Le registre d’insinuation, c’est la liste des personnes ayant signé ce type de contrat. Pour l’État, il s’agissait de percevoir une taxe. Pour le généalogiste du XXIe siècle, il s’agit de retrouver ses ancêtres et leurs différents contrats. Dans la série Y des AN, les cotes 86 à 494 sont donc ces fameux registres. Ils contiennent la date et le lieu de l’acte et aussi le nom du notaire, ce qui permet ensuite de demander à consulter l’acte original. Les registres d’insinuation sont d’un maniement complexe, des inventaires détaillés (accessibles en SIV) aident à la recherche, certains sont même munis de listes alphabétiques des personnes, mais pas tous.

4. Pour les archives privées et documents familiaux

Le fonds des archives privées (série AP) rassemble des papiers entrés par voie extraordinaire aux archives nationales. Ce sont des archives personnelles et familiales comme les chartriers de seigneuries, des archives concernant de nombreuses familles liées à la politique, au journalisme, à l’histoire, aux arts et spectacles, des livres de raison, ces ouvrages familiaux décrivant la vie quotidienne d’une famille sur plusieurs générations. Pour avancer dans ce fonds des archives privées, il existe des inventaires dont certains sont dotés d’index alphabétiques des familles citées. Attention, certaines archives privées entrées par don ne sont communicables que sur autorisation préalable.

5. Pour les Archives judiciaires

Une exploration des fonds judiciaires de l’ancien régime peut s’avérer passionnante. Ce sont les archives du Châtelet de Paris, elles concernent Paris et la région parisienne mais aussi tout le pays, puisque toute enquête commencée à Paris pouvait être poursuivie dans le royaume tout entier. Un procès perdu en première instance devant le Châtelet pouvait également être introduit en appel devant le Parlement de Paris. C’est dans ses archives que se trouvent les lettres de naturalisation, légitimation, changement de nom, d’anoblissement et de provision d’offices. Après la Révolution, les institutions changent, mais les archives restent.

6. Pour la série des titres

Des ancêtres nobles ? Les archives nationales conservent de nombreuses ressources sur la noblesse. La sous-série M consacrée aux titres nobiliaires éclaire tous les aspects : politiques, militaires, économiques, sociaux, religieux et culturels. Petite subtilité : dans la série des titres nobiliaires, le mot « titre » signifie ici document et non titre nobiliaire. Vous y trouverez une partie des fonds du cabinet du dernier juge d’armes Ambroise d’Hozier (actes d’état civil, actes de droit privé, lettres d’anoblissement, notes historiques, documents féodaux et notices généalogiques), l’autre moitié est conservée à la Bibliothèque nationale. Le dernier juge d’armes était chargé de vérifier les généalogies des familles nobles pour y débusquer les usurpateurs. Depuis la mise en ligne des répertoires dans la SIV, il est facile de repérer le nom d’une famille et de préparer ainsi une visite aux Archives nationales pour y consulter les originaux.

7. Pour les centres de recherche spécialisés

Depuis 2015, au CARAN (Centre d’accueil des Archives nationales), l’ancienne salle des inventaires a été reconvertie pour accueillir les visiteurs du Centre de toponymie et d’anthroponymie et ceux du Centre de sigillographie et d’héraldique. Indispensable pour être orienté dans vos recherches faisant appel à ces deux disciplines un peu mystérieuses… Le Centre de toponymie et d’anthroponymie des Archives nationales, (toponymie = étude des noms de lieux ; anthroponymie = étude des noms de personnes) est un centre de documentation classique, où l’on trouve de nombreux renseignements sur les noms de lieux, les noms de personnes, et sur d’autres noms propres, par exemple les noms des montagnes ou des rivières. Comme partout aux Archives, les archivistes ne sont pas là pour effectuer la recherche à la place des lecteurs, mais pour les orienter, leur indiquer les sources et les mettre à leur disposition. Le Centre de sigillographie et d’héraldique (étude des sceaux et science des blasons) conserve lui aussi une documentation couvrant la France entière pour ces deux disciplines. Une exceptionnelle collection de 80.000 moulages de sceaux permet de passer de la théorie à la pratique. Le centre donne également accès à une importante documentation et une bibliothèque héraldique avec les usuels classiques, des armoriaux, les collections d’Hozier du XIXe siècle. Bien sûr, le centre peut donner quelques conseils à ceux qui arrivent avec un projet de blason ou d’armoiries. Mais il les dirige plutôt vers la commission héraldique dont c’est la vocation.

8. Pour la série des passeports du XIXe siècle

Depuis le décret du 10 vendémiaire an IV, on ne voyageait pas en France intérieure sans posséder un passeport visé en bonne et due forme. Ces passeports intérieurs ont survécu jusque dans les années 1860 et les archives liées à leur constitution ont été gardées en petite partie (sous-série F7). Il en existe un inventaire à consulter dans la SIV (interrogeable par patronyme). Les originaux sont à consulter à Pierrefitte-sur-Seine.

9. Parce que c’est beau et qu’on peut visiter !

Visiter les Archives nationales ? C’est possible ! Pour voir l’armoire de fer, le mètre étalon et découvrir les bâtiments des « grands dépôts », sachez que des visites sont organisées régulièrement dans le cadre des Journées du Patrimoine ou pour des groupes, sur réservation. N’oublions pas le musée des Archives nationales ouvrant dans les salons de l’hôtel Soubise et accueillant régulièrement des expositions d’un haut niveau scientifique et culturel. Sachez aussi que la visite extérieure du quadrilatère des archives est libre et possible tous les jours, puisque les jardins des hôtels de Rohan et Soubise constituent un jardin public de trois hectares, aménagés par le célèbre architecte-paysagiste Louis Benech au cœur du Marais. A ne pas manquer, les deux extrêmes des Archives nationales : les vestiges de la porte fortifiée au moyen âge de l’hôtel de Clisson (côté rue des Archives) et le CARAN, centre d’accueil et de recherche des Archives nationales, construit en 1988 par Stanislas Fiszer sur la rue des Quatre-Fils. Pierrefitte-sur-Seine est également ouvert à la visite (sur réservation). Les bâtiments ouverts en 2014 sont l’œuvre de l’architecte italien Massimiliano Fuksas.

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