D’un trésor généalogique à l’ADN : comment j’ai retrouvé la famille russe de mon mari

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Membre de l’équipe de Recherche de MyHeritage, je travaille sur l’histoire familiale de mon beau-père depuis le jour (béni) où je suis tombée par hasard sur une énorme malle pleine de photos et de documents anciens chez mes beaux-parents. De nombreuses heures de pure merveille de découvertes. Je me suis aussitôt s’intéressée au grand-père paternel de mon mari, Reuben Zetland, et à la famille qu’il avait laissée derrière lui en Russie. La famille de mon mari savait très peu sur la vie de Reuben en Russie, pas même l’orthographe exacte de son nom de famille d’origine, Tzitlionok (Цитлёнок). Mais petit à petit, j’ai commencé à reconstituer son histoire.

Rubin Tzitlionok (1895-1979) émigra de Tchernigov (alors dans la Russie impériale, aujourd’hui en Ukraine) aux États-Unis à l’âge de 18 ans en 1913. Je savais qu’il était parti sans dire au revoir à ses parents, car la police tsariste lui reprochait son appartenance à un groupe groupe sioniste. Son père voulait qu’il se présente à la police, qu’il croyait pouvoir soudoyer pour libérer son fils, mais Rubin (qui changea son nom en Reuben plus tard) était réticent et choisit de fuir.

Rubin Tzitlionok (deuxième à gauche) avec des camarades de son groupe sioniste à Tchernigov

À son arrivée aux États-Unis, il rejoignit sa sœur aînée Bella à Milwaukee, dans le Wisconsin. Un an plus tard, deux de ses frères aînés, Schevel et Moshe, suivirent. En 1917, Ruben partit se battre dans la Légion juive britannique en Palestine, avec son frère Moshe. À son retour aux États-Unis après la Première Guerre mondiale, il entra par Ellis Island sous le nom de Rubin Zetland. Cliquez ici pour voir les listes de passagers d’Ellis Island de MyHeritage.

Le document d’Ellis Island où Rubin Zetland apparaît

Je pus établir que quatre sœurs et un frère de Reuben étaient restés en Russie : Dinya, Bluma, Zira, Volodya et Zivia. Je décidai donc de retrouver les descendants de chacun d’entre eux.

En 2017, je commençai par retrouver la famille de Zivia. Tout ce que j’avais, c’était son prénom et une photo, mais ce fut suffisant pour retrouver son arrière-petite-fille Anastasia, qui avait construit un arbre généalogique sur Geni. Anastasia m’apprit qu’une autre sœur, Zira, avait eu 2 enfants, eux-mêmes décédés sans enfant.

Puis j’ai retrouvé la famille d’une autre sœur, Bluma, dans un arbre généalogique de MyHeritage. Ces deux premières découvertes ont généré beaucoup d’échanges et d’excitation des deux côtés, et en avril 2018, j’ai convaincu mon mari d’aller à Moscou pour rencontrer ses cousins. Aleksandr, le petit-fils de Bluma, nous a accueillis chez lui dans le centre de Moscou. Et nous avons découvert qu’Anastasia, l’arrière-petite-fille de Zivia, vivait à seulement 2 rues de là ! Grâce aux recherches entreprises depuis la découverte de la malle, ces deux branches qui avaient perdu contact plusieurs décennies auparavant se retrouvaient enfin.

Avec mon mari Jeremy à Moscou

Trois sœurs retrouvées, il me restait encore une sœur et un frère. Je concentrai alors mes efforts sur Volodya, et je découvris qu’il avait eu deux  fils et au moins une petite-fille. Il avait été apparemment le seul enfant à rester à Tchernigov. Je découvris une pierre tombale sur le site JewishGen qui semblait être la sienne, et j’étais presque sûre que le ‘Vulf Tzitlenok’ sur une liste de Yad Vashem de personnes évacuées était la même personne.

Je créai alors un collage de quatre photos qui, selon moi, représentaient toutes Volodya. La seule photo qui était clairement identifiée alors était celle en bas à gauche.

Collage de photos de Volodya

À ce stade, je me demandais comment j’allais poursuivre et quelle allait être ma prochaine étape dans cette recherche.

Il y a quelques semaines, j’ai reçu un message d’une nouvelle correspondance ADN de mon beau-père. Masha de Saint-Pétersbourg (qui vit actuellement à Hambourg, en Allemagne) avait une correspondance ADN de 1,6% avec mon beau-père, et lorsqu’elle vérifia mon arbre généalogique, elle vit son arrière-grand-père Volodya ! Elle a immédiatement contacté ses cousins, qui ont immigré à New York dans les années 90, pour les mettre au courant. À leur arrivée aux États-Unis, ils étaient allés à Ellis Island pour retrouver Reuben, en vain. En parlant avec eux, j’ai vite compris que Reuben était une sorte de personnage mythique dans la famille de Volodya. Un sujet de conversation récurrent au cours des décennies. La petite-fille de Volodya, Lyudmila, qui vit maintenant à Brooklyn, m’a appris que Volodya avait l’habitude de raconter l’histoire de son jeune frère Rubin, qui avait dû fuir soudainement aux États-Unis parce qu’il était impliqué dans un complot visant à assassiner le gouverneur de Tchernigov !

Je n’ai pas encore pu établir si Reuben était vraiment impliqué dans un tel complot, mais la recherche pour retrouver la famille de Reuben en Russie n’est pas encore terminée. Il reste encore Dinya et sa famille à retrouver. Qui sait quelle nouvelle correspondance ADN, quel arbre généalogique ou quel document historique me conduira à la dernière pièce du puzzle ?

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  • Solène


    5 juin 2020

    Quelle formidable histoire ! Bravo pour toutes ces recherches !

  • Rivet Estelle (@piste2mesayeuls)


    7 juin 2020

    Passionnant !

  • Viviane Hauray


    23 juin 2020

    Bravo

  • FORGES


    25 juin 2020

    Merci à MyHeritage pour avoir permis d’initier de si belles retrouvailles familiales.

  • PREHAUT


    22 juillet 2020

    Bonjour j’adorerais retrouver aussi la famille de mon arrière grand-père Russe aussi né à Perm dans l’oural et qui a quitté son pays en 1917 pour la France.