On m’avait dit que mon grand-père était orphelin. Une correspondance ADN a révélé une tout autre histoire.

On m’avait dit que mon grand-père était orphelin. Une correspondance ADN a révélé une tout autre histoire.

Voici une photo de mon grand-père paternel, que je n’ai jamais connu.

Ladislaus Klohs, Debra’s grandfather

Ladislaus Klohs, le grand-père de Debra

J’ai grandi avec son absence comme une évidence, sans jamais espérer en apprendre davantage à son sujet. Je suis née en Californie en 1950 ; mon père avait alors 50 ans et ma mère 37. À cette époque, il n’était déjà plus de ce monde, et nous pensions savoir tout ce qu’il y avait à savoir sur sa vie.

L’histoire de mon enfance

On m’a élevée dans la conviction que la famille de mon père était allemande. On racontait que les cinq enfants étaient tous nés en Pennsylvanie après l’immigration de leurs parents. Mon père était l’aîné, entouré d’un frère et de trois sœurs, et aucun d’entre eux n’a jamais contredit cette version de leurs origines.

L’histoire était aussi simple que triste. Mon grand-père aurait grandi dans une maison de correction, où il était régulièrement battu, avant de s’enfuir à l’âge de 12 ans. De là, il aurait tant bien que mal atteint l’âge adulte pour finalement gagner l’Amérique. C’était là toute son histoire : pas de parents, pas de fratrie, aucun passé.

Enfant, je ne remettais pas cela en question. Je ressentais simplement de la peine pour lui. D’un point de vue plus jeune et un peu égoïste, j’étais aussi frappée par le contraste entre mes parents. Ma mère avait des grands-parents et des arrière-grands-parents remontant sur plusieurs générations, avec des photos, des récits et même une vieille Bible familiale. Mon père n’avait rien de tout cela. Son arbre généalogique semblait brusquement s’arrêter.

Debra, aged 6, with her sister Karoly and their father Ladislaus Jr.

Debra à l’âge de 6 ans, avec sa sœur Karoly et leur père Ladislaus Jr.

Mon père disait bien qu’ils étaient « Bohémiens » et que les garçons avaient été élevés dans la religion luthérienne, tandis que les filles étaient catholiques. À l’époque, cela ne signifiait pas grand-chose pour moi. Je ne savais pas où se trouvait la Bohême, et j’ignorais encore plus ce qu’était la Silésie.

Debra’s father, holding Debra’s brother Jared, with his father. Unfortunately, Jared passed away in 1999 without ever knowing the truth about his grandfather

Le père de Debra, tenant son frère Jared dans ses bras, aux côtés de son propre père. Malheureusement, Jared est décédé en 1999 sans jamais avoir connu la vérité sur son grand-père.

Le secret révélé après la mort de mon père

Mon père est décédé au début de l’année 1972, alors que j’avais 20 ans. Après ses funérailles, son frère a confié à ma mère un secret qu’ils s’étaient tous jurés de ne jamais lui révéler.

Mon père n’était pas né en Pennsylvanie, après tout. Il était en réalité né dans ce qui est aujourd’hui la République tchèque, tout comme ses deux premières sœurs. Après la Première Guerre mondiale, il avait voulu intégrer le programme de formation des officiers de l’armée américaine ; il avait alors déclaré que ses registres de naissance avaient brûlé dans un incendie et s’était rajeuni d’un an. À partir de ce moment-là, il a toujours prétendu être né en Pennsylvanie.

Jusqu’à cet instant, personne n’avait fait de recherches sur la famille de mon père — moi y compris. Nous croyions à son histoire, car rien ne venait la contredire.

À l’époque, je me souviens avoir trouvé fascinant de découvrir un secret de famille. J’étais loin d’imaginer tout ce qui restait encore caché.

Des recherches sans réponse

Peu de temps après, je me suis intéressée à la généalogie et j’ai commencé à rassembler tout ce que je pouvais auprès de mes cousins en Pennsylvanie. Il n’y avait pas grand-chose. Des années plus tard, avec la démocratisation des ordinateurs, j’ai commencé à tout organiser grâce à un logiciel de généalogie.

Du côté de ma mère, tout s’est assemblé facilement. Un cousin avait déjà fait un travail considérable, ma mère avait des photos et des documents, et cette vieille Bible familiale a comblé les lacunes. Le côté de mon père était totalement différent. Je n’arrivais pas à remonter au-delà de ses grands-parents maternels, et du côté de son père, je n’avais qu’un nom, une date de naissance et un lieu — Brenna, en Silésie — qui, pour moi, aurait tout aussi bien pu être imaginaire.

Lorsque les forums et les bases de données de généalogie en ligne sont apparus à la fin des années 1990, j’ai cherché sans relâche, espérant une percée. Rien n’est jamais venu. Cette branche de la famille restait un mur infranchissable.

Des années plus tard, j’ai décidé de tenter le test ADN. Pendant longtemps, cela n’a rien changé. Aucune correspondance reconnaissable n’apparaissait du côté de mon père, et aucun cousin ne se manifestait pour m’aiguiller. Ma nièce avait également fait un test ailleurs sans rien trouver sur cette lignée ; j’ai donc appris à ne pas trop espérer.

L’email qui a tout changé

En décembre 2018, j’ai reçu un e-mail totalement inattendu de la part d’un utilisateur d’ADN MyHeritage en Pologne. Il m’écrivait que nos grands-pères étaient cousins.

J’en suis restée bouche bée. J’étais surexcitée — vraiment surexcitée — et j’ai immédiatement voulu le dire à tout le monde. C’était un sentiment intense et joyeux qui m’a surprise.

Cet email venait de Piotr Malata. Il m’a contactée en anglais et a partagé tout l’arbre généalogique de mon grand-père sur plusieurs générations. D’un seul coup, il a balayé l’histoire à laquelle nous croyions depuis plus de 100 ans. Mon grand-père n’avait jamais été orphelin.

Un jour ou deux après avoir reçu le message de Piotr, j’assistais à des funérailles familiales. Le moment était étrange : la tristesse côtoyait une excitation presque électrique. Je me souviens avoir raconté l’e-mail à mes proches, incapable de me contenir. Pour la première fois, je comprenais enfin où se trouvait Brenna, en Silésie — pas seulement sur une carte, mais dans l’histoire de ma famille.

Repenser l’histoire de la maison de correction

Nous ne savons toujours pas si l’histoire de la maison de corection contenait une part de vérité. Je soupçonne aujourd’hui mon grand-père d’avoir fugué et d’avoir créé un récit expliquant à la fois son départ et son silence — une histoire un peu à la Oliver Twist.

Pendant la majeure partie de ma vie, je n’y avais pas réfléchi plus que cela. J’étais simplement triste qu’il semble avoir eu une enfance si dure, et que mon père paraisse venir de nulle part. Apprendre la vérité n’a pas effacé la tristesse, mais cela m’a apporté ce que je n’avais jamais eu : un contexte.

Une histoire préservée ailleurs

Piotr a partagé ce que sa famille savait depuis toujours :

“Pour moi, cette histoire a aussi été l’une des plus grandes découvertes généalogiques réalisées grâce à MyHeritage et à la recherche ADN.

Notre famille conserve la mémoire de nos ancêtres de la famille Kloss, bien que mon arrière-arrière-grand-mère ait été la dernière à porter ce nom.

Cette arrière-arrière-grand-mère s’appelait Ludwika Malata, née Kloss. Elle était la fille du commerçant Ignacy Kloss, arrivé dans notre région depuis la Moravie en 1827.

A photo of Ludwik Malata, son of Ludwika and cousin of Debra’s grandfather, with his family

Une photo de Ludwik Malata, fils de Ludwika et cousin du grand-père de Debra, entouré de sa famille.

Dans les registres de l’église locale, nous avons découvert que Ludwika avait également un frère, Józef, de quatre ans son aîné. Cependant, son sort est resté inconnu pendant très longtemps.

Il s’est avéré que Józef a servi dans l’armée autrichienne puis, en tant que réserviste, a occupé un poste de garde forestier à Brenna.

Józef Kloss a eu quatre enfants à Brenna, dont l’un était Wladyslaw (Ladislaus) Kloss, le grand-père de Debra.

Grâce à ces découvertes, nous avons appris que nous avions des parents en Amérique et nous avons pu éclaircir le destin du cousin de mon arrière-grand-père.

En lisant cela, j’ai réalisé quelque chose qui m’émeut encore aujourd’hui : alors que notre branche de la famille pensait que l’histoire s’était arrêtée là, une autre branche, dans l’ombre, l’avait précieusement gardée vivante.

Ce qu’il reste aujourd’hui

Je n’ai pas gardé contact avec Piotr ou mes autres parents polonais depuis ces premières semaines, mais savoir qu’ils existent me suffit. Ma fille et moi espérons nous rendre dans la région plus tard cette année et, une fois nos plans fixés, j’essaierai de les recontacter.

Debra (right) with her sister Karoly this past Christmas

Debra (à droite) avec sa sœur Karoly à Noël dernier.

Pour l’instant, il me suffit de savoir que mon grand-père n’était pas un fantôme, ni un orphelin perdu dans les méandres de l’Histoire. Il appartenait à une famille, à un lieu et à une histoire qui attendait simplement — avec patience — le bon moment pour retrouver le chemin jusqu’à moi.

Un grand merci à Debra DeZarn d’avoir partagé son incroyable histoire avec nous. Si vous avez également fait une découverte extraordinaire avec MyHeritage, nous serions ravis de vous lire ! N’hésitez pas à nous la transmettre via ce formulaire ou par e-mail à l’adresse stories@myheritage.com.