24    nov 20106 commentaires

Entretien avec Maïwenn Bourdic, archiviste et généalogiste

Il suffirait de presque rien... pour ne pas être là.

Cette semaine, notre rubrique consacrée aux entretiens avec les acteurs du monde de la généalogie s'étoffe du précieux témoignage de Maïwenn Bourdic, archiviste, blogueuse et généalogiste passionnée, nouvellement généalogiste professionnelle (et originaire de ma contrée en plus !!) :

Pouvez-vous vous présenter en quelques lignes ?

"Je suis née à Quimper il y a moins d'une trentaine d'années. J'ai vécu non loin de là au bord de mer pendant quelques années, entrecoupées de longues années à l'étranger. Études (en histoire) puis travail m'ont fait m'installer à Nantes où je vis désormais quasiment sans interruption depuis près de 10 ans.

Racines familiales paternelles bien ancrées en Bretagne, mais pas seulement puisqu'elles débordent en Lorraine, Auvergne, Normandie.

Maïwenn et sa grand-mère paternelle à presque 60 ans d'écart

Côté maternel, le berceau se trouve sur les bords de Loire en Sologne, avec des branches également auvergnates, une arrière-grand-mère ch'ti (près d'Arras), et des ramifications dans le Limousin, le Cotentin, Paris et sans doute la Picardie (pour l'instant la branche est malheureusement bloquée à Paris).
Je garde encore un mince espoir de passer la frontière (côté Pas-de-Calais, même si ça s'amenuise d'années en années)... Pour me « consoler », je me dis qu'ils ont bien bourlingué, marins obligent..."

Quelle-est votre activité actuelle ?

"Je suis archiviste. J'ai eu l'occasion de travailler dans différents services d'archives (commune, département) et auprès de prestataires de numérisation patrimoniale, de mise en ligne d'archives et d'inventaires, et de conception de sites Internet d'archives.

Et nouvelle toute fraîche : je me lance dans les recherches professionnelles et conception de sites Internet généalogiques. www.daieuxetdailleurs.fr "

Comment est né votre intérêt pour la généalogie ?

"La généalogie est venue un peu par hasard, et en même temps c'était presque inévitable : au moment où je me suis plongée dans les archives jusqu'au cou pour un mémoire universitaire d'histoire, ma grand-mère m'a mis de côté un supplément Ouest-France avec un arbre généalogique. Pas sûre qu'elle se doutait que je mordrais à ce point à l'hameçon, et que ça nous rapprocherait autant...

On a commencé à le remplir avec mes grands-parents. Les souvenirs familiaux ont jailli un peu plus que d'habitude, les anecdotes... qui ne suscitaient qu'une envie : les vérifier. C'est devenu un jeu de voir les distorsions et l'effet « téléphone arabe » de générations en générations. Depuis toute petite, je côtoyais des cousins très éloignés, j'entendais parler des cousins Untel, « à la mode de Bretagne ». Il manquait juste le déclic pour mettre le doigt dans l'engrenage et enfin comprendre à quel niveau on se « raccrochait »...

Marie Louise Le Cleach à son mariage en 1900 - arrière arrière grand mère paternelle de Maïwenn

Par ailleurs, la généalogie m'a également permis de m'approprier un peu plus les racines maternelles, un peu plus lâches... Et sans faire de la psycho-généalogie de comptoir, ça nous a permis, à ma mère et moi, d'appréhender un peu mieux certaines situations, événements, à défaut de comprendre vraiment, de saisir des vécus, des schémas reproduits.

Enfin, je ne sais pas qui est l'alibi de qui ... entre la généalogie, l'histoire, et l'informatique (www.daieux-et-dailleurs.fr). Tout est très entremêlé ...

Je trouve les recherches autour des bribes de mémoire familiale qui sont parvenus jusqu'à aujourd'hui assez fascinantes... Dénicher les éléments premiers, remonter sur plusieurs décennies, voire siècles et trouver LE truc est assez amusant.

Par exemple, un aïeul qui s'est noyé dans le Cher (1919), un dénommé « Fortuné Richard », un aïeul armateur qui a placé toute la fortune dans deux bateaux... qui auraient malheureusement coulés (une histoire sur laquelle il faut que je me penche celle-ci), ou encore l'existence d'un « Gallery de la Rosière » et de « sang-bleu » (celui qui se perd plus vite qu'il ne s'acquiert) qui amusait mon arrière-grand-mère... Mine de rien je l'ai retrouvée la branche, une génération au-dessus ce qu'on avait reconstitué d'après les souvenirs de mon grand-père, et orthographié « Gallery de la Rosaire ». Très récemment un cousin à la 6e génération m'a contactée, et m'a raconté que cette histoire de « Gallery de la Rosière » avait également été transmise dans sa branche.

Les croisements entre petites et grandes histoires sont aussi émouvants : on pense naturellement aux gueules cassés de la Première Guerre mondiale... J'ai également trouvé un soldat breton qui a combattu en Amérique dans les régiments de La Fayette et Rochambeau, et au moins 3 marins qui ont participé aux expéditions d'Irlande désastreuses pendant la Révolution.

Il y a les étranges coïncidences.... les retours aux sources totalement inconscients, des siècles après qu'un ancêtre déjà, y a vécu... Des cousinages improbables avec quelqu'un qu'on connaît depuis l'âge de ses 8 mois ! … Et des retournements de situation qui font rire : par exemple des bigoudens purs beurres... que l'on découvre en réalité normands, originaires de la Baie du Mont Saint-Michel.

En fait une fois qu'on met le nez dedans et qu'on a relativement bien intégré les pistes de recherche et les chemins de traverse, c'est un véritable jeu... Il y a toujours un nom, un métier, un personnage, qui va intriguer plus qu'un autre, et autour duquel on a envie d'approfondir les recherches. Et les archives ont ceci de fascinant : il existe des dizaines et des dizaines de petites traces des individus. Même au milieu de générations de laboureurs illettrés, on peut tomber sur... le tabellion du coin, fils, père et époux de paysans.

Maxime Mariton, arrière grand-père de Maïwenn, sa soeur Irma et ses parents Pierre Mariton et Elisabeth Jaclain

Heureusement qu'il y a plein de petit monde, ancêtres directs ou collatéraux, auquel s'intéresser, parce qu'il subsiste toujours des blocages... J'ai deux bonnes épines dans l'arbre généalogique depuis plusieurs années... A ce sujet, François Dominique de Lespine de Villoiseau (marié avant 1700 à Marie Desfontaines, bourgeois de Paris, +1717 à Guérande) et ma parisienne Marie Antoinette Monchaux (concubine de Benjamin Esnée – a priori non mariés, décédée entre 1846 et 1874 mais pas à Paris), si vous vous êtes mis aux nouvelles technologies et que vous pouviez avoir une pensée pour votre p'tite p'tite p'tite fillote qui s'arrache les cheveux à votre recherche ..."

Pouvez-vous nous en dire plus sur votre blog ?

"J'avais commencé un blog (aujourd'hui disparu) en 2005 il me semble... très vite j'en ai fait un second en parallèle, plutôt généalogique et sur les documents d'archives originaux sur lesquels je tombais pendant mes recherches. Comme je l'ai dit précédemment, l'informatique est une sorte d'alibi pour faire de la généalogie. Ou l'inverse... Je ne sais pas.

Peu à peu le site s'est étoffé, a basculé de blog à quelque chose qui ressemble plus en contenu à un site, avec des articles, des ressources, et des « gadgets » en plus, comme l'arbre en ligne, les cartes, etc. La double casquette archiviste et généalogiste me permet – du moins je l'espère ! - de diversifier un peu les articles, de parler de documents moins « classiques » que les BMS et de ne pas être trop routinière.

La blogosphère généalogique est un peu à l'image de la blogosphère en général, il y a souvent un engouement pour le blog dans ses premiers mois de vie, puis les posts s'espacent, et le blog tombe un peu dans l'oubli au bout de quelques mois. Ce n'est pas toujours facile de se renouveler, de trouver le temps, ou tout simplement d'écrire ! Il y néanmoins de temps en temps des petits nouveaux, très prometteurs et bien faits, et plusieurs survivent très bien aux années. La blogosphère généalogique permet aussi de « dépoussiérer » l'image des généalogistes, puisque beaucoup sont tenus par des jeunes (sous-entendu des non-retraités), donc ça casse un peu le cliché traditionnel.

Des relations se nouent, et j'espère bien qu'on aura l'occasion de se rencontrer de visu un de ces jours ! Le risque du blog est de faire dans le « trop » généalogique : retranscrire des actes, dresser des listes de noms, de lieux, de dates. En tout cas j'espère ne pas avoir trop ce trait de plume parce que sinon je n'aimerais pas me lire souvent !"

Un conseil pour les généalogistes débutants ?

"Des conseils. Faites parler les « anciens ». Numérisez et faites identifier les photos (qui parfois pourrissent dans un grenier). Utilisez les archives en ligne mais allez au moins une fois découvrir une salle de lecture d'archives (les archivistes ne mordent pas, ils sont là pour vous guider dans les archives et vous aider... mais pas pour pondre des arbres sur 12 générations) pour aller au-delà de l'état civil. Vérifiez et croisez vos sources. Et sauvegardez vos données !"

Quel regard avez-vous sur l'évolution de la généalogie par le biais des nouvelles technologies liées à internet ?

"Étant une fervente adepte des deux, je ne peux qu'avoir un regard bienveillant et satisfait.
L'accès à distance est un sacré avantage quand on est dans la vie active et loin des lieux de dépôts. Ce qui ne m'empêche pas de faire aussi souvent que possible un saut dans une salle de lecture de service d'archives. Mais j'avoue préférer utiliser ce temps précieux à consulter des archives notariales, des archives judiciaires, etc., plutôt que passer une demi journée sur un lecteur de microfilm !
Sans compter l'informatisation de ses données généalogiques, les copies numériques (avec diverses sauvegardes !) des actes, des photos récoltées et des autres documents (ouvrages numérisés sur Gallica par exemple).

Pour connaître plutôt bien l'envers du décor, il y a des projets de valorisation patrimoniale très riches et intéressants, qui dépassent la – désormais classique – mise en ligne des documents utiles aux généalogistes. Les nouvelles technologies sont un formidable outil pour les archives et leur ouverture aux différents publics.

Naturellement, qui dit engouement, dit business... c'est tout le débat actuel de réutilisation des données. Quand c'était les associations qui le faisaient par le biais de relevés, ça passait, quand c'est un mastodonte côté en bourse, ça fait tout de suite un peu plus peur ..."

Mille mercis à Maïwenn pour cet échange très intéressant, nous lui souhaitons tous nos vœux de réussite dans sa nouvelle activité et vous donnerons sûrement de ses nouvelles de temps en temps.
La semaine prochaine, c'est notre rubrique consacrée aux histoires de nos utilisateurs qui accueillera un nouveau récit.

Commentaires (6) Trackbacks (0)
  1. Bravo Maïwenn, j'ai lu ta "synthèse" de la généalogie avec beaucoup d'intérêt ici à Munich et senti d'un coup un petit vent breton au milieu de la neige bavaroise.

    Amicalement
  2. C est parce que Josselin est à Hambourg, le trajet est moins long! ils sont paetout ces bretons ;-)
  3. Archiviste et passionnée de généalogie je me reconnais bien dans l'article...très très intéressant!
  4. On en a tous rêvé, Maïwen l'a fait :)
  5. A des milliers de Km de distance, africaine, je me retrouve dans le parcours de Maîwen. Suis Bibliothécaire, historienne et généalogiste dans l'âme. Comment tout laisser tomber pour se consacrer à cette passion: la généalogie?
  6. Bravo Maïwen pour cet excellent résumé. On saisit très bien ta passion qui est devenu en effet un véritable jeu. Encore faut-il pouvoir faire parler les Anciens ? Encore bravo car tu y es arrivée.
    Bonne continuation dans toutes tes recherches..

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