Une histoire cachée dans les registres : le bébé abandonné sur un rebord de fenêtre en 1796

Une histoire cachée dans les registres : le bébé abandonné sur un rebord de fenêtre en 1796

Je travaille sur mon arbre généalogique depuis le début des années 2000. Il y a environ 20 ans, mon frère Georges — qui est le propriétaire de notre arbre généalogique, « Une famille Rapin de Corcelles » — cherchait un moyen de le mettre en forme et de l’afficher. Lors d’un rassemblement des « Rapin du Monde » à Corcelles en 2006, il en a discuté avec un membre de l’association « Rapin de Suisse », et c’est ainsi qu’il a commencé à utiliser MyHeritage.

Francis Rapin

Francis Rapin

Depuis ma retraite en 2014, j’ai consacré énormément de temps à la recherche sur notre famille et son histoire au sens large. Je me rends régulièrement aux archives cantonales et communales, où je continue de faire de précieuses découvertes. Parallèlement, au sein de l’association « Rapin de Suisse », nous avons créé un atelier de généalogie et organisons une session annuelle pour les personnes intéressées. Grâce à cette initiative, j’ai fait découvrir MyHeritage à de nombreuses personnes et les ai encouragées à débuter leurs propres recherches.

C’est au cours de ce travail que je suis tombé sur une histoire qui m’a profondément ému.

Un enfant trouvé sur un rebord de fenêtre

Alors que j’effectuais des recherches pour ma famille, je parcourais les registres de baptême de la paroisse de Saint-Maurice, dont l’église est située à Champagne. J’y ai trouvé une inscription qui a immédiatement attiré mon attention.

“Une enfant a été déposée sur la fenêtre de la chambre basse du coin au plein pied de la cure de Champagne le matin du 18 mars 1796.”

An artistic depiction of of Saint-Maurice Church in Champagne, Switzerland, as it looks today

Un dessin de l’église Saint-Maurice à Champagne, en Suisse, telle qu’elle est aujourd’hui.

Le registre expliquait que les autorités compétentes avaient signalé l’affaire au Bailli, et que Leurs Excellences avaient répondu que l’enfant devait être placée en famille d’accueil jusqu’à ce que ses parents biologiques soient retrouvés. Elle fut confiée à Jean Isaac Vautravers, maître charpentier, et à son épouse Anne Marie Marguerite, née Pochon, qui lui servit de nourrice. Baptisée le 24 avril 1796, le bébé reçut le prénom de Marie. Les Vautravers firent office de parrain et de marraine.

Dans la marge du registre de baptême, j’ai remarqué une note supplémentaire. Elle précisait que le nom de famille « Saint-Maurice » avait été attribué à cette jeune fille par décision du Petit Conseil le 15 février 1812.

Voulant en savoir plus, je me suis tourné vers les Archives Cantonales, où j’ai découvert que son histoire avait continué de résonner des années après sa naissance. En 1812, le Petit Conseil prit des mesures pour l’inscrire officiellement parmi les enfants trouvés, mais seulement après avoir mené une enquête pour confirmer son identité. Les registres retracent une série d’échanges entre officiels — demandes d’extraits du registre de baptême, détails sur son placement dans la famille Vautravers, et confirmation qu’elle était toujours en vie. Un document mentionnait même « l’enfant abandonné peu après sa naissance à Saint-Maurice en mars 1796 », indiquant que son histoire était connue et avait dû émouvoir de nombreuses personnes à l’époque.

Le Conseil décida de lui donner un nom de famille : « Saint-Maurice », le lieu où elle avait été trouvée. Je trouve remarquable qu’un tel soin ait été apporté. Déjà à l’époque, il y avait un véritable effort pour s’assurer qu’elle ne resterait pas sans identité.

Reconstituer sa vie

À partir de là, j’ai poursuivi mes recherches à travers les registres paroissiaux et l’état civil pour découvrir ce qu’elle était devenue.
Marie Saint-Maurice épousa Nicolas Turin le 24 février 1820, en l’église de Saint-Maurice. Ensemble, ils fondèrent une famille, mais leur vie fut marquée par les épreuves.
Leur premier enfant, né en décembre 1824, mourut malheureusement à l’âge de seulement 18 jours.

Un acte de décès du premier enfant de Marie sur MyHeritage

Un acte de décès du premier enfant de Marie sur MyHeritage

 

Moins de deux ans plus tard, en juillet 1826, le mari de Marie, Nicolas Turin, décéda à l’âge de 32 ans. Quelques semaines seulement après ce drame, Marie dut mettre au monde leur second fils, Louis Nicolas, qui ne connut jamais son père.

Malgré ces pertes, l’histoire de Marie ne s’arrête pas là. Elle continua sa vie à Valeyres-sous-Rances, où elle mourut le 1er juin 1851. Son histoire a dû marquer la région, car le pasteur la mentionne dans le registre des décès de la paroisse de Rances en faisant référence au registre des naissances de la paroisse de Saint-Maurice. Le service funèbre a certainement été un moment de grande émotion.

Une vie qui a continué

À travers son fils Louis Nicolas, la lignée de Marie s’est perpétuée. Il s’est marié et a eu des enfants, bien que, comme beaucoup de familles de l’époque, ils aient connu des pertes répétées en bas âge.

Le mariage du fils de Marie, Louis Nicolas, avec Louise Augustine Décoppet est annoncé dans ce ban de mariage de 1855 sur MyHeritage.

Le mariage du fils de Marie, Louis Nicolas, avec Louise Augustine Décoppet est annoncé dans ce ban de mariage de 1855 sur MyHeritage.

La famille a déménagé entre plusieurs villages et, au fil des ans, d’autres enfants sont nés. L’un de ses petits-fils s’est marié plus tard, en 1893. La vie a suivi son cours.

Pourquoi cette histoire m’est restée en mémoire

Ce qui a commencé comme une découverte fortuite lors de mes recherches sur mon propre arbre généalogique est devenu bien plus que cela. Marie Saint-Maurice ne faisait pas partie de ma lignée, mais son histoire m’a rappelé pourquoi je fais ce travail.

À partir d’une simple note dans un registre, il a été possible de suivre sa vie : de l’enfant abandonnée à la femme dont on se souvenait encore de l’histoire des décennies plus tard. Je trouve cela extraordinaire.

The family tree of Marie Saint-Maurice that Francis built on MyHeritage

L’arbre généalogique de Marie Saint-Maurice que Francis a créé sur MyHeritage

Chaque registre, chaque nom, chaque note marginale porte en lui le potentiel de révéler une vie avec ses luttes, ses pertes et ses moments de dignité. Et parfois, cela révèle quelque chose de plus grand encore : le besoin humain durable d’appartenir, de laisser une trace et de recevoir un nom.

Je suis reconnaissant envers les Archives cantonales et MyHeritage, qui m’ont permis de retrouver et de reconstituer l’histoire de cet enfant.

Un grand merci à Francis Rapin d’avoir partagé son histoire avec nous ! Si vous avez également fait une découverte avec MyHeritage, nous serions ravis de l’entendre. N’hésitez pas à nous en faire part via ce formulaire ou par e-mail à l’adresse stories@myheritage.com.