La Commune de Paris : cherchez l’ancêtre

La Commune de Paris : cherchez l’ancêtre

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Ceci est un guest post écrit par Jérôme Malhache, généalogiste professionnel installé en région parisienne. Il partage son expérience des archives à travers des articles et des cours dans lesquels il analyse sources et méthodes de recherche. Pour marquer le 150ème anniversaire de la Commune de Paris en général et de la Semaine Sanglante en particulier, ceci est le premier de deux articles qui complètent le webinaire ‘Les généalogistes et la Commune de Paris’ disponible en replay.

Jérôme Malhache

Un ancêtre concerné par la Commune de Paris ? Pourquoi pas. Certes, statistiquement, il y a quand même plus de chance d’avoir un poilu de 14-18 ou un combattant de la guerre franco-prussienne de 70 dans sa généalogie. La Commune, c’est un événement de courte durée (18 mars-28 mai 1871) et par définition géographiquement circonscrit. Mais se poser la question n’est pas absurde. Que l’on parte d’un récit véhiculé par la mémoire familiale ou de l’analyse d’un ensemble de circonstances. L’essentiel est de pouvoir y répondre.

Une aiguille dans la meule de la population parisienne

Pour commencer, les femmes et les hommes qui se trouvent à Paris au mois de mars 1871 sont loin d’être tous natifs de la capitale ou, si c’est le cas, loin d’être nantis d’une généalogie parisienne. On trouve au sein de cette population évaluée à plus de 1,8 M d’habitants, outre les Parisiens d’avant la guerre, des banlieusards réfugiés lors du siège et pas encore repartis, des soldats originaires de province, des étrangers parmi lesquels à la fois des travailleurs immigrés de longue date (y compris des Allemands non expulsés en août 1870) et des combattants venus soutenir la France en s’enrôlant dans des corps francs. Nous sommes donc loin de l’idée qu’il faudrait avoir une ascendance strictement parisienne pour être concerné par la Commune.

Dans un premier temps, pour essayer de savoir si tel ancêtre parisien ne se trouvait pas dans un camp de prisonniers en Allemagne ou si au contraire tel autre ancêtre de province, encore sous l’uniforme, n’était pas à Paris ou aux environs lors des événements, nous pouvons avoir recours à un outil de base de la généalogie. Les archives du recrutement militaire (série R des Archives départementales) sont susceptibles de fournir les premiers indices, une chronologie et des localisations. On analysera donc la notice matricule du personnage comme on l’a fait pour collecter les éléments constitutifs d’un parcours de guerre en 1870. C’est exactement la même recherche que nous avons déjà eu l’occasion de détailler, il est inutile de décrire à nouveau le processus. Notons simplement qu’il faudra être attentif au statut du soldat à l’époque de l’armistice (à son unité surtout, par laquelle on obtiendra une localisation). Mais nous avions aussi montré les limites de cet outil, en particulier du fait de la mise à jour incomplète des notices des classes les plus anciennes mobilisées.

La garde nationale

On doit alors prendre en considération un élément clef du soulèvement de Paris, le rôle joué par la garde nationale. On se souvient qu’à l’origine de la structuration du mouvement il y a cette idée de fédération des quelque 260 bataillons de la garde nationale parisienne (d’où le nom de fédérés) avec, dès le 3 mars 1871, le projet de création d’un Comité central provisoire. Mais il faut surtout se rendre compte que, au-delà de l’engagement militant ou des obligations imposées par le gouvernement de la Commune, le service dans la garde nationale a été pour beaucoup de Parisiens le seul moyen de gagner de quoi subsister au jour le jour. Ainsi cette approche permet de « ratisser large » en travaillant sur des habitants de Paris que nous n’avons pas trouvés dans les archives de la conscription. L’approche reste pertinente même si l’on sait qu’il y a eu un écart prodigieux entre les effectifs réellement combattants (41.500 hommes encadrés fin avril selon Cluseret ou 15 à 16.000 authentiques combattants selon Lissagaray) et ceux portés sur le papier (près de 200.000 hommes entre la garde nationale active et la sédentaire, et pas loin de 8.000 officiers).

Les contrôles nominatifs des bataillons de la garde nationale de la Seine sont conservés aux Archives de Paris dans la sous-série D2R4. On trouvera dans cette même sous-série les nominations et élections des officiers, mais aussi les états signalétiques des officiers, adjudants et sergents-majors. On y trouvera encore des documents relatifs aux opérations et donc des renseignements sur les pertes humaines. Ce dernier aspect sera utilement complété avec les fonds communaux conservés en sous-série VD3 (articles 9 à 18), en particulier avec les archives des commissions d’enquête sur les gardes tués, blessés ou disparus.

Cela dit, 260 bataillons ça fait beaucoup ! Pour essayer de dégrossir, et faute de partir avec une indication précise, il convient d’aborder la recherche avec des critères topographiques. Selon le domicile du personnage il a pu être rattaché à tel ou tel bataillon. La répartition des bataillons par arrondissement se trouve en dernière page (sous le titre « annexe 1 ») de l’inventaire de la sous-série D1R4 (garde nationale) des Archives de Paris. Leur nombre est variable, de 10 pour le 1er arrondissement à 25 pour le 11e dont le fameux 141e bataillon qui s’est illustré à la défense du fort d’Issy.

Recensement de la garde nationale

Notons encore le recours possible, pour les hommes des classes 1864 à 1871, aux tables alphabétiques des bureaux de recrutement de la Seine (sous-série D3R1), conduisant éventuellement aux registres matricules de la garde nationale mobile (sous-série D4R1) dans lesquels le généalogiste pourra trouver des indices sur le parcours du personnage pendant cette période.

La recherche d’un décès

Rechercher un ancêtre dont le destin est lié à la Commune c’est souvent rechercher un personnage mort au cours des événements. On peut avoir recours à l’état civil. En tout cas on doit y penser. Mais ce que l’on ne doit pas croire c’est qu’il suffit de connaître le lieu du décès et sa date, comprise entre le 18 mars et le 28 mai 1871, pour trouver l’acte comme tout bon généalogiste le ferait en d’autres circonstances.

Décès constaté par jugement de Joseph Piazza, colonel de la garde nationale, fusillé le 24 mai 1871.

Dans certains cas, le décès sera constaté par jugement, des mois après l’événement. Mais au moins la transcription du jugement dans le registre de l’état civil éclairera le chercheur, bien plus qu’un acte ordinaire, sur les circonstances de la mort. C’est le cas par exemple avec Joseph Piazza, capitaine en retraite et colonel de la garde nationale, arrêté au Panthéon et fusillé au Luxembourg le 24 mai 1871. Le jugement du tribunal civil de première instance de la Seine, rendu le 30 novembre 1871 à la requête de la veuve de l’officier, est transcrit le 29 décembre 1871 dans les registres de l’état civil du 5e arrondissement.

On ne rate pas la longue transcription d’un jugement mais dans d’autres cas l’acte est inséré dans la continuité, le retard d’enregistrement semblant simplement rattrapé. Comme avec cet acte de décès du 18 septembre 1871 (n° 966, 5e arrondissement) qui nous parle de François Lalande « décédé le dix-huit mai dernier à huit heures du soir à Issy (Seine) et transporté rue du Fer à Moulin n° 17 ». C’est l’adresse de l’amphithéâtre où avaient lieu les autopsies. Le document ne nous dit pas comment est mort ce jeune homme de 21 ans, mais on sait très bien que les combats faisaient alors rage autour du fort d’Issy. L’acte nous présente le défunt comme étant « sans état ». On ne peut pas faire plus neutre. Probablement pour éviter toute stigmatisation. Mais le malheureux avait un état. Il était garde national. La preuve ? Ce procès-verbal d’autopsie du 19 mai 1871 trouvé aux Archives de Paris (sous-série VD3), dans lequel François Lalande, « né à Sazerai (Indre) en 1850 » (l’officier de l’état civil le disait né à « Cezeray » dans l’Indre, il s’agit évidemment de Sazeray), est inscrit comme servant à la 4e compagnie du 118e bataillon. Ses blessures : fracture du crâne et 37 coups de baïonnette dans la figure et sur le corps.

François Lalande a été inhumé au cimetière Montparnasse le 20 mai 1871.

Le PV indique encore que François a été inhumé au cimetière Montparnasse le 20 mai. Pour boucler la boucle on le retrouve effectivement dans le registre journalier d’inhumation (consultable en ligne sur le site des Archives de Paris), enterré dans la tranchée gratuite de la 27e division, avec cette mention dans la colonne « observations » : Victime.

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