Adri, Hollandais de 75 ans, découvre qu’il est le fils d’un soldat français

Adri, Hollandais de 75 ans, découvre qu’il est le fils d’un soldat français

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Cette année, le 8 mai, nous célébrons le 76ème anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale. La libération en 1945 par les soldats américains, canadiens, britanniques et français fut accueillie avec enthousiasme par les populations locales. Ils sont encore nombreux, les ‘enfants de la guerre’ dont le père est un soldat (inconnu). Nés à la fin de la guerre, ils ont souvent passé toute leur vie à se poser des questions. Désormais, grâce à la généalogie génétique, certains d’entre eux parviennent finalement à retrouver la trace de leur père. L’un d’eux est Adri Goedegebuure, résident de Bréda, en Hollande.

Une enfance insouciante en Zélande

« Mon histoire commence à Middelburg, dans la province néerlandaise de Zélande où je suis né le 11 décembre 1945. Ma mère n’était pas mariée quand je suis né. J’avais déjà 3 ans lorsqu’elle a épousé l’homme que je pensais être mon père. J’ai eu une enfance heureuse. Quand j’ai eu 16 ans, mes parents ont fêté leur anniversaire de mariage : ils étaient mariés depuis 12 ans. J’ai fait le calcul, et j’ai réalisé qu’ ils n’étaient pas encore mariés à ma naissance. J’ai demandé à ma mère ce qu’il en était. Elle a confirmé que j’étais bien né avant leur mariage et que mon vrai père était quelqu’un d’autre. Elle en a parlé comme si ce n’était pas très important, et c’est comme ça que je l’ai pris à l’époque. Elle n’en a pas dit davantage. Je me souviens à peine de ce moment. Sur le plan émotionnel, cela n’a pratiquement pas eu d’impact sur moi. Plus tard, j’étais occupé avec ma famille et mon travail. J’ai épousé Diny et nous avons eu deux fils, Marcel et Viktor. Diny est tombée malade ; elle est décédée en 2000. 

La mère d’Adri

Acte de naissance

C’est lorsque je me suis marié pour la deuxième fois, en 2005, avec Lidy à Bréda, que le déclic s’est produit. J’avais 60 ans. J’ai dû demander mon acte de naissance à Middelburg. J’ai vu que c’était ma tante qui avait déclaré ma naissance. Et que l’homme qui m’a élévé m’avait officiellement adopté ; il m’avait reconnu, en tant que fils non biologique, comme son enfant. Je suis allée voir ma mère avec mes questions. Mais je n’ai obtenu que des réponses évasives et des « Je ne sais pas ». Il était clair qu’elle ne voulait pas en parler. Quand je regarde les choses de son point de vue, et que je les situe à cette époque, je peux le comprendre d’une certaine manière. C’était une époque différente, on ne discutait pas de tout aussi ouvertement qu’aujourd’hui. 

Une aiguille dans une botte de foin

Mais moi, ça me rongeait. Mes fils en ont parlé avec leur grand-mère. Ma mère leur a dit : « Il s’appellait Henk, il était de Groningue, et il était dans la brigade Princesse Irène ». Certainement juste pour en finir avec mes questions. Pour elle, Groninge [ville néerlandaise du Nord des Pays-Bas] était une ville lointaine. Sur la base de cette maigre information, j’ai commencé à chercher ; au moins, je savais que je cherchais un militaire. J’ai contacté des anciens membres de la brigade Princesse Irène et j’ai cherché dans les archives de Zélande, mais c’était comme chercher une aiguille dans une botte de foin. Je n’ai fait aucun progrès, mais ça m’est resté en tête. 

L’esprit de la bouteille

En 2017, j’ai lu un article sur une femme nommée Ans. Elle cherchait son père, un soldat canadien. Il s’appelait Cliff, c’est tout ce qu’elle savait. Ans avait contacté un détective, Els Leijs. Cette histoire m’a profondément touché ; c’était la même histoire que la mienne. C’est pourquoi j’ai aussi contacté Els. Le génie est sorti de la bouteille. J’ai très bien compris alors que je ne pouvais plus revenir en arrière. Els s’est consacrée à mon cas, m’a fait passer un test ADN MyHeritage et s’est mise au travail. Il n’y avait plus qu’à attendre.

Des correspondances ADN en France

Un jour, Els a téléphoné pour demander si j’avais de la famille en France. Je n’en avais pas mais il y avait une correspondance ADN éleveé avec un cousin germain en France. À partir de cet indice, Els a commencé à creuser davantage. Tout est allé très vite. Elle m’a ensuite demandé de parler à des journalistes et de participer à un documentaire sur les enfants de la guerre. Le 9 mars 2020, elle m’a demandé de venir à son bureau et d’être disponible le week-end suivant. J’ai senti qu’elle avait découvert quelque chose d’important. Je me souviens très bien du moment où elle me l’a dit. Els s’est assise derrière son bureau et a dit : « Nous avons trouvé votre père. Il n’est plus en vie, c’était un Français. » J’ai été surpris ; je m’attendais plutôt à un Canadien français.

Le champagne en Bretagne

Le week-end suivant, nous sommes arrivés en Bretagne avec les réalisateurs du documentaire pour une expérience inoubliable. 

J’y ai rencontré ma famille ! Mon père est décédé en 2010, ma sœur en 2016, mais elle a eu un fils, Jean-Jacques. Il est le lien entre mon père et moi. Ma seule famille directe. Sa femme ne pouvait pas détacher ses yeux de moi. Pour elle, j’étais comme une réincarnation. Ma façon de parler, de regarder : exactement mon père !

Adri et sa femme Lidy à droite, et son neveu Jean-Jacques avec sa femme Christelle et ses filles.

‘Quand on a rencontré Adri, on a eu l’impression de retrouver son grand-père en plus jeune. C’est flagrant, il a les traits de la famille Madec’ raconte Christelle, l’épouse de Jean-Jacques. 

Nous nous sommes rendus dans le village de mon père et nous sommes allés sur sa tombe. Soudain, j’étais là, sur la tombe de mon père, avec son petit-fils, mon neveu.

Adri et son neveu Jean-Jacques sur la tombe de son père, Marcel Madec, dans le village breton Le Cloître-Pleyben

C’était très émouvant. Aujourd’hui, ma vie est complète ! La boucle est bouclée. Il s’est avéré que j’avais encore plus de famille, que j’ai rencontrée au village. « Nous n’avons pas besoin de l’ADN pour voir la ressemblance », m’ont-ils dit. La famille m’a réservé un accueil chaleureux avec du champagne, des collations et des cadeaux. Ça m’a fait chaud au cœur. Juste après ce week-end, la France a été confinée. J’ai eu de la chance !

« Une agréable surprise. Nous avions vu qu’il y avait une correspondance ADN avec un monsieur hollandais, et avant même de le rencontrer, en voyant sa photo sur Facebook, nous avons vu qu’il ressemble énormément à son papa. Les retrouvailles ont été chaleureuses, comme si on se retrouvait après de nombreuses années. Les liens se sont tout de suite tissés.’ déclarent son cousin Yvon et son épouse Guislaine. 

Le commando Kieffer

Mon père s’appelait Marcel Madec. Il est né en 1921 et il est décédé en 2010. Une coïncidence troublante est que j’ai appelé mon fils aîné Marcel ! Sans le savoir, j’ai donné à mon fils le nom de son grand-père.  

Marcel Madec dans sa jeunesse

Marcel était un soldat de métier. En 1939, il a été fait prisonnier de guerre par les Allemands. Il a réussi à s’échapper et s’est enfui en Espagne. Là, à nouveau emprisonné, cette fois par la garde civile, il a réussit à s’échapper et à s’enfuir en Angleterre via Gibraltar, où il a rejoint les Forces françaises libres. Par il a rejoint le célèbre commando Kieffer.

La bataille de l’Escaut

Ce commando a participé au débarquement sur Walcheren le 1er novembre 1944 et à la libération des Pays-Bas qui en a résulté. 

En 2020, un film sur cette bataille, ‘De Slag om de Schelde’ est sorti. Vous pouvez donc imaginer comment mon père s’est battu. C’était l’une des batailles les plus difficiles de la Seconde Guerre mondiale. En mars 1945, il a obtenu, selon un livre sur le Commando Kieffer, une semaine de permission pour aller à Middelburg. C’est là qu’il a rencontré ma mère, probablement à une fête. C’est de cette rencontre que je suis né plus tard. Après la fin de la Seconde Guerre mondiale, il a fait la guerre d’Indochine dans l’armée de l’air, et la guerre d’Algérie. Il a reçu de nombreuses récompenses militaires, dont la Légion d’honneur. J’en suis très fier.

Le père d’Adri, Marcel Madec (à droite), avec ses décorations militaires

Le monument de Vlissingen

J’ai pris contact avec la fille de Philippe Kieffer. Elle a rencontré mon père plusieurs fois. Elle le décrit comme un homme calme et amical, à la personnalité discrète. Elle a également envoyé des photos de lui. Je suis en contact avec un historien français, qui connaît bien l’histoire du commando Kieffer. Leur contribution est très précieuse pour moi. Grâce à leur point de vue et de leur expérience, j’en apprends davantage sur le caractère et la vie de mon père. Si je pouvais lui demander encore une chose, je lui demanderais ce qu’il pense à l’idée d’avoir un fils. D’après ma famille, il aurait beaucoup aimé cela !

Le monument de Vlissingen en mémoire des morts du 4e commando et des habitants de Vlissingen

Ce qui me touche, c’est que sur la digue de Vlissingen, un monument en bronze se dresse à la mémoire du 4e Commando. Maintenant que je connais mon histoire, cela a une signification particulière et personnelle pour moi : ce monument est aussi pour lui ! »

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