Suivez-nous

KGB et rideau de fer : un mystère de famille enfin levé

Commentaires2

Après d’innombrables tentatives pour retrouver les membres de sa famille qui avaient disparu dans l’ex-Union soviétique, Rani Markovich a toujours pensé qu’il ne pourrait jamais retrouver ses proches perdus depuis si longtemps. Son grand-père avait perdu contact avec ses frères pendant l’ère du rideau de fer et tous les efforts pour les localiser avaient échoué. Leurs traces avaient tout simplement disparu.

La tante de Rani, la seule qui pouvait faire la lumière sur ce mystère, avait la maladie d’Alzheimer et toute information qu’elle aurait pu partager était perdu. Rani était dans une impasse.

Tout cela a changé lorsque le frère de Rani a vu une interview du fondateur et PDG de MyHeritage, Gilad Japhet, au sujet du succès de MyHeritage dans la recherche de parents perdus de vue. Rani a été surpris d’apprendre que l’entreprise était dirigée par un vieil ami. Il avait connu Gilad 30 ans plus tôt, et bien que les deux hommes se soient perdus de vue, ils avaient été autrefois de très bons amis. Rani décida donc de contacter Gilad sur Facebook pour demander son aide.

« Je serais heureux si tu pouvais m’indiquer les personnes pertinentes de ton entreprise, qui pourraient peut-être faire un miracle et m’aider à réaliser un vieux rêve qui a toujours semblé inaccessible ; trouver la famille perdue de mon grand-père, sur la base des infimes fragments d’informations en ma possession.»

Rani écrivit qu’il était conscient que cette recherche serait difficile et presque impossible. Ce que Rani ne savait pas, c’est que « impossible » ne figure pas dans le dictionnaire de Gilad ! C’est exactement le type de défi auquel Gilad ne peut pas résister. Il répondit immédiatement et demanda plus de détails. Il affirma qu’il se chargerait lui-même de la recherche. A partir de là, tout s’est passé très rapidement.

Rani commença à raconter à Gilad toute ce qu’il savait – ce qui à ce moment-là était vraiment peu. Il y a environ 35 ans, Rani avait travaillé sur un projet d’arbre généalogique à l’école. Dans le cadre du projet, il avait enregistré un entretien avec son grand-père Shabtai (Sheftel). Malheureusement, l’enregistrement et l’arbre généalogique ont été perdus lors d’un déménagement.

Le grand-père de Rani

Le grand-père de Rani, Shabtai (Sheftel) Baskin, est né à Slutsk, en Biélorussie. C’était un activiste sioniste qui avait été arrêté dans les années 1920 pour ses activités sionistes interdites et envoyé dans un goulag dans les montagnes de l’Oural. À sa libération, il avait été envoyé à Stalingrad et de là il avait erré jusqu’à Nikopol, en Ukraine. C’est en Ukraine que ses deux filles (la mère et la tante de Rani) sont nées.

Lorsque les Allemands ont envahi l’Union soviétique, la famille a fui vers l’est. Le grand-père de Rani était un passionné de radio et il entendit un rapport selon lequel les Allemands tuaient des juifs. En voyageant vers l’est, sa famille et lui sont arrivés en Arménie. À la fin de la guerre, il a décidé de réaliser sa vision sioniste et d’immigrer en Israël.

Sheftel et sa famille ont été confrontés à une terrible tragédie après que son fils Zvi a été tué quelques semaines après la guerre d’indépendance israélienne en 1948, peu de temps après l’immigration de sa famille en Israël. À ce moment-là, il a changé son nom de famille Baskin en Beit-Zvi pour honorer la mémoire de son fils défunt, Zvi.

Depuis qu’il avait perdu le contact avec sa famille dans les années 1930, Sheftel avait cherché à retrouver ses frères. Sheftel est décédé dans les années 1980, n’ayant jamais retrouvé la trace de ses frères. Rani voulait plus que tout honorer l’héritage de son grand-père en localisant sa famille perdue.

Une photo perdue et un nom inconnu

Rani s’est souvenu d’une vieille photo de famille avec une femme et un enfant. Sa tante lui dit que son grand-père avait reçu, après la guerre, la photo de la veuve d’un de ses frères vivant dans la région de Leningrad (Saint-Pétersbourg). Rani et sa famille n’avaient plus la photo. Elle avait été perdue, et avec elle le nom de la femme et de l’enfant.

Rani dit également à Gilad qu’en 2003, il s’était rendu en Biélorussie et avait présenté une demande aux archives pour trouver des documents sur la famille de son grand-père. Dans un des documents figurait le nom d’une femme nommée Polina Josipovna Baskina, mais il ne se souvenait pas du contexte ou qui elle était.

Gilad se mit au travail avec le peu d’informations à sa disposition et essaya de localiser Polina Josipovna Baskina dans les vastes bases de données de MyHeritage. Le nom de famille Baskina est rare, tout comme le prénom Polina. La combinaison des deux noms est encore plus rare, ce qui augmentait les chances de la trouver.

Il écrivit à Rani :

« La vérité sera bientôt révélée. Nous avons le potentiel d’une déception d’un côté ou de retrouvailles uniques de l’autre, et de telles réunions de famille me donnent la motivation nécessaire pour faire les choses inhabituelles que je fais, comme travailler sur cette recherche jusque tard dans la nuit. »

Perdu et trouvé

Les recherches approfondies de Gilad ont abordé le mystère sous tous les angles possibles. Il a trouvé une référence à Sheftel Baskin dans un livre écrit par le professeur Ziva Galili sur l’activité sioniste en Russie soviétique. Apparemment (et à la grande surprise de Rani), les Soviétiques tenaient tellement à se débarrasser de Shabtai qu’ils lui avaient accordé un visa pour immigrer en Palestine. Mais il n’a jamais rien su de ce visa et il n’avait pu en profiter.

Après avoir contacté Galili pour obtenir plus d’informations, elle consulta le matériel de sa recherche pour le livre et dénicha un enregistrement de trois heures d’une interview avec Sheftel en 1966 ! Rani possède ainsi désormais un enregistrement précieux de son grand-père interviewé il y a plus de 50 ans, racontant l’histoire fascinante de sa vie. Le bébé que l’on peut entendre en train de pleurer durant l’enregistrement est le frère aîné de Rani.

En écoutant l’enregistrement, Gilad comprit qu’il devait localiser les dossiers du KGB de Sheftel pour avoir plus d’informations, car il avait été interrogé par le KGB.

Gilad demanda l’aide de Yuri Dorn, un généalogiste professionnel en Biélorussie. Yuri réussit à trouver rapidement les documents convoités. Yuri trouva également le nom du frère du grand-père de Rani, Boris. Il trouva même le nom et l’adresse du grand-père du grand-père de Rani où habitait la famille. Ses résultats encourageants permettaient de pouvoir peut-être localiser les descendants vivants.

Gilad écrivit alors à Rani et lui demanda de rechercher tout document ou photo de famille pouvant aider. Une semaine plus tard, Rani annonça que son exposé généalogique fait à l’école avait été retrouvé !

« J’ai de bonnes nouvelles ! Mes parents ont retrouvé l’exposé généalogique que j’avais préparé dans mon enfance et aussi l’enregistrement de l’entretien avec mon grand-père d’il y a 30 ans. »

L’exposé de l’arbre généalogique retrouvé a permis de savoir que les noms des frères de son grand-père étaient Zvi (Hirsch), Pinchas et Boris. Pinchas avait épousé une femme nommée Fania et ils avaient eu des enfants.

Trois mois plus tard, un pas décisif a été franchi. Yuri annonça par email qu’il avait trouvé les détails des deux frères de Sheftel: Pinchas et Boris, leurs adresses comprises. Selon ces informations, Pinchas avait été déporté dans la région de Novossibirsk. Boris avait disparu pendant son service militaire.

La découverte la plus incroyable, faite grâce à une procuration de la mère de Rani, a été celle des documents du dossier du KGB de Sheftel, y compris des photographies rares de lui lorsqu’il était prisonnier au Goulag. Parmi les documents figurent les détails de son arrestation en mai 1925, y compris des photographies et des documents de son interrogatoire par l’interrogateur Andreyev. De 1922 à 1923, il était membre du mouvement sioniste illégal Kadima à Slutzk et avait été arrêté pour la troisième fois à Slutsk.

Une découverte rare : le dossier d’interrogation du grand-père de Rani (cliquez pour zoomer)

Le dossier contenait le témoignage complet de Sheftel, dans lequel il admettait manifestement tout ce qui était en sa possession, y compris des documents imprimés en hébreu. Il avait courageusement refusé de donner le nom et l’adresse de l’homme qui lui avait remis les documents. Des documents manuscrits en yiddish avaient également été trouvés lors de son arrestation.

Le dossier contenait également des lettres envoyées par les parents de Sheftel : « Ton père est allé à Moscou aujourd’hui pour demander une peine plus légère en raison de la maladie pulmonaire dont tu souffres depuis l’enfance », lui écrivait sa mère. « S’il te plaît, écris-nous plus souvent et prends soin de toi. » Le père promettait de tout faire pour le libérer : « Je suis sûr que dans quelques mois, tu recevras une grâce. Je vais t’envoyer 10 roubles, s’il te plaît prends soin de toi. »

Quelques jours plus tard, Yuri appris à Gilad et Rani qu’ils étaient sur le point de résoudre le mystère.

« Nous avons attrapé un gros poisson aujourd’hui. Nous avons trouvé à Saint-Pétersbourg des documents indiquant que la famille de Pinchas, était retournée à Leningrad. En octobre 1944, son épouse Fania et ses deux filles, Galina et Tatiana, retournèrent à Leningrad. »

Il localisa la tombe de Pinchas et trouva dans le cimetière des archives indiquant que c’était une femme nommée Galina Petrovna Linnik qui s’était occupée de ses funérailles. L’adresse de Galina, qui figurait dans les archives du cimetière, était la même que celle de l’enregistrement d’une carte d’immigration que Yuri avait localisée. Gilad supposa que Galina était la fille de Pinchas et qu’elle avait peut-être émigré aux États-Unis ou en Israël.

Localisée pour la dernière fois, en 1961, à Leningrad, en Russie, Gilad ne savait pas comment il parviendrait à retrouver Galina. Il chercha et il ne réussit pas à la localiser. Puis Il décida de tenter sa chance sur Facebook. Sachant que Galina devait avoir plus de 80 ans, il y avait peu d’espoir. Gilad tapa son nom et obtint des centaines de résultats pour Galina Linnik, certains en russe, d’autres en anglais. Comme seul un généalogiste obstiné peut le faire, Gilad passa minutieusement en revue tous les profils de femmes dans les 80 ans, une par une, jusqu’à ce qu’il remportât le jackpot ! Il trouva ainsi une vieille dame prénommée Galina Linnik originaire de St. Petersberg, qui vit maintenant à Columbus, Indiana. Lorsque Gilad parcourut sa page Facebook, il vit mentionné des noms de famille qui lui étaient familiers. Il avait retrouvé la nièce du grand-père de Rani !

Le 9 novembre, Gilad ecrivit à Rani que l’enquête était terminée :

« Nous avons localisé ta famille perdue. Galina et Tatiana ont en effet quitté la Russie et ont émigré aux États-Unis. J’ai trouvé une femme nommée Galina Linnik sur Facebook, qui a écrit qu’elle était née à Saint-Pétersbourg et qu’elle vit maintenant à Columbus, dans l’Indiana. J’ai également retrouvé les traces de Tatiana qui est morte en 2014. Elle a un fils nommé Michael et un mari nommé Paul. Nous les avons trouvés aux États-Unis. Tatiana est décédée mais a laissé une famille et Galina est toujours en vie.

Des retrouvailles fortes en émotions

Environ six mois après avoir demandé l’aide de son ami Gilad, Rani et ses parents sont arrivés pour la première fois dans les bureaux de MyHeritage pour faire un appel vidéo avec leur famille retrouvée. Rani et ses parents ont pu parler avec Galina, la fille de Pinchas et avec son fils Paul.

La branche israélienne de la famille a ensuite rendu visite à Galina aux États-Unis. Regardez leur réunion émotionnelle ici :

Rani ne pouvait pas croire à ce qu’ils avaient accompli

« Nous n’imaginions pas qu’il serait possible de les retrouver après tant d’années de recherche. Mais l’incroyable s’est produit et nous sommes assis ici en train de leur parler. »

Rani considère cette photo, montrant côte à côte une photo de son grand-père et une photo de l’un des frères de son grand-père, Pinchas, comme la photo de la victoire. Rani écrivit les mots suivants :

« Je pense que ces deux petites photos ovales ont été prises plus ou moins au même moment, il y a plus d’un siècle, en 1915. Depuis lors, elles ont, séparément et avec leurs propriétaires respectifs, survécu à deux guerres mondiales, la révolution bolchevique, les arrestations et les déportations, un long siège sans pitié, la faim, la maladie, le rideau de fer, un voyage d’errance vers Israël, des guerres de libération et d’indépendance, le deuil et l’émigration vers deux continents différents. Jusqu’à ce qu’elles soient unies à nouveau dans une image commune de la victoire »

Pour la première fois depuis la séparation de la famille dans les années 1930, la famille Markovich a enfin un sentiment d’achèvement. Ce mystère de plusieurs décennies sur l’histoire de leur séparation a finalement été levé.

Laisser un commentaire

L’email est maintenu privé et ne sera pas affiché

  • POUGET


    10 octobre 2018

    Mon grand père maternel était Italien : BIANCHI Louigi
    Né le 31/08/1865 à ROBURENT . ITALIE (PIEMONT)
    Marié le 18/03/1897 a ROBURENT À BRIATORE Catherina , née le 18/01/1874 à ROBURENT
    Décédée le 23/08/1936 à CANNES LA BOCCA , ALPES MARITIMES . FRANCE.

    BIANCHI louigi est sur le recensement de 1911 de CANNES , (A.M)
    En 1921 il n’est plus sur le recensement. Ma mère Marie a été déclarée par son père sur l’acte de naissance, mais ne l’a pas connu.
    Qu’est il devenu, où est il mort ? Pas de trace.
    Je suis allé deux fois à ROBURENT en ITALIE. Je n’ai pas pu avoir de renseignement à la Mairie.

  • elisabeth DUBOIS


    10 octobre 2018

    Bonsoir
    très belle histoire qui me donne de l’espoir, car moi aussi j’ai une famille perdue en Russie ou en Ukraine que je cherche sans succès.