Perruques, mouches, cols montants : ces modes qui cachaient les maladies de nos ancêtres

Perruques, mouches, cols montants : ces modes qui cachaient les maladies de nos ancêtres

Perruques poudrées, mouches sur le visage, cols montants : quand on regarde un portrait ancien, on pense à l’élégance de l’époque. Pourtant, ces modes avaient souvent un autre but : cacher les traces d’une maladie.

Nous l’avons raconté récemment dans une courte vidéo qui vous a beaucoup fait réagir sur nos réseaux sociaux :

Vous avez été nombreux à vouloir en savoir plus. Voici donc l’histoire de trois modes célèbres, d’une quatrième moins connue, et de ce qu’elles nous apprennent sur la vie de nos ancêtres.

Les perruques poudrées : la calvitie qui a coiffé toute une cour

À la fin du XVe siècle, une maladie nouvelle se répand en Europe : la syphilis, que les Français appellent alors le « mal de Naples ». Parmi ses symptômes figurent des plaies et la chute des cheveux par plaques. Le traitement de l’époque, à base de mercure, n’arrange rien. Or une chevelure abondante est un signe de santé et de vigueur. La perdre, c’est s’exposer aux rumeurs.

Portrait gravé d'un homme en armure coiffé d'une longue perruque poudrée

John Armstrong, ingénieur en chef d’Angleterre, gravure de James McArdell, XVIIIe siècle.

La perruque offre une solution discrète, mais c’est un roi qui en fait une mode. Louis XIII, dégarni très jeune, l’adopte dans les années 1620. Louis XIV, dont les cheveux s’éclaircissent à son tour, suit son exemple, et toute la cour avec lui. Les raisons du succès se mêlent alors : la maladie, bien sûr, mais aussi les poux, plus faciles à combattre sur un crâne rasé, et le prestige. Plus la perruque est volumineuse, plus le rang est élevé.

Quant à la poudre, souvent parfumée à l’iris ou à la violette, elle blanchit la perruque et masque au passage les odeurs. Le cache-misère est devenu un symbole de pouvoir.

Les mouches : des cicatrices devenues un langage

Aux XVIIe et XVIIIe siècles, la variole, ou « petite vérole », est l’une des maladies les plus redoutées d’Europe. Elle n’épargne personne, pas même Louis XV, qui en meurt en 1774. Ceux qui en réchappent gardent souvent le visage grêlé, marqué de petits creux pour le reste de leur vie.

La parade s’appelle la mouche : un minuscule morceau de taffetas ou de velours noir, gommé, que l’on colle sur la peau. Posée sur une cicatrice, elle la fait disparaître et souligne par contraste la blancheur du teint.

Gilles-Edme Petit d’après François Boucher, Le Matin, la Dame à sa toilette, XVIIIe siècle.

Gilles-Edme Petit d’après François Boucher, Le Matin, la Dame à sa toilette, XVIIIe siècle.

Très vite, l’accessoire devient un jeu. Chaque emplacement reçoit un nom et un sens : la passionnée près de l’œil, la baiseuse au coin de la bouche, l’effrontée sur le nez, la majestueuse sur le front. Et celle que l’on pose sur un bouton pour le dissimuler porte le nom le plus honnête de tous : la receleuse.

Fraises et cols montants : un cou bien caché

Les grandes fraises de la Renaissance et les cols montants servaient aussi à cacher le cou. Il y avait de quoi : les écrouelles, une forme de tuberculose qui touche les ganglions, y laissaient des grosseurs et des plaies bien visibles. Le mal était si répandu que les rois de France étaient réputés le guérir en touchant les malades, avec la formule « Le roi te touche, Dieu te guérit ». Charles X s’y prêtait encore lors de son sacre, en 1825.

Portrait d'une jeune femme du XVIIe siècle portant une large fraise blanche plissée

Michiel Jansz. van Mierevelt, Portrait d’une jeune femme, XVIIe siècle.

Ces cols n’avaient bien sûr pas qu’une seule raison d’être. La fraise était aussi un signe de richesse, tant elle demandait de dentelle, d’amidon et d’entretien. Mais pour ceux dont le cou était marqué par la maladie, elle tombait à pic : la mode leur offrait une façon élégante de se cacher.

Le teint pâle du XIXe siècle : quand la maladie devient un idéal

Au XIXe siècle, le mécanisme s’inverse : on ne cache plus la maladie, on l’imite. La tuberculose, qu’on appelle alors la phtisie, donne à ceux qu’elle frappe un teint diaphane, des joues rosies par la fièvre et une silhouette amaigrie. Or c’est justement ce que l’on trouve beau à l’époque. Le roman La Dame aux camélias, dont l’héroïne meurt de la tuberculose, connaît d’ailleurs un immense succès.

Tout change en 1882, quand le médecin Robert Koch découvre le microbe de la tuberculose. On comprend alors que la maladie est contagieuse. Elle fait peur, et le teint pâle passe de mode.

Avec elle, nous quittons les salons de Versailles pour une époque toute proche : celle de nos arrière-arrière-grands-parents.

Et dans votre arbre généalogique ?

Perruques et mouches étaient des affaires de cour. Les maladies, elles, ne faisaient aucune différence entre un duc et un laboureur. Vos ancêtres n’ont sans doute jamais porté de fraise, mais ils ont très probablement connu la variole ou la tuberculose, chez eux ou chez leurs voisins.

Leurs traces existent encore. En France, les actes de décès indiquent rarement la cause de la mort, mais les registres parlent autrement : plusieurs enfants d’une même famille disparus en quelques semaines, une page soudain noircie de sépultures, parfois une note du curé évoquant une « maladie contagieuse ». En explorant les archives historiques, vous pouvez repérer ces périodes d’épidémie dans le village de vos ancêtres.

Les photos de famille méritent elles aussi un second regard. Ce col boutonné jusqu’au menton, ce teint très clair sur un portrait de 1890 : simple mode, ou autre chose ? Pour observer ces détails de plus près, vous pouvez améliorer et coloriser vos photos anciennes.

Derrière chaque mode, des vies bien réelles

Une perruque, une mouche, un col : ces détails racontent la peur de la maladie, le souci du regard des autres et une belle dose d’ingéniosité. Ils nous rappellent que nos ancêtres n’étaient pas des silhouettes figées, mais des femmes et des hommes qui faisaient face, comme ils le pouvaient.

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