La Trêve de Noël de 1914

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En 1914 eut lieu le premier Noël de la Première Guerre mondiale. Le premier et loin d’être le dernier, mais la particularité de celui-ci est qu’il fut marqué par la fraternisation entre soldats. Cet épisode singulier a été le sujet d’un beau film en 2005 signé Christian Carion avec Guillaume Canet. Le jour de Noël, ils choisirent spontanément de baisser leurs armes.

A la grande surprise de certains, et ceux qui en entendirent parler avaient du mal à le croire, des soldats britanniques, français et allemands échangèrent des signes d’amitiés et de paix le temps de cette journée particulière. Une journée où tous ces soldats auraient mille fois préféré être dans leur foyer avec leurs proches.

Pendant quelques heures, la veille et le jour de Noël, le silence est tombé sur les tranchées. Les armes se sont tues pour laisser la place aux chants de Noël.

Les soldats allemands avaient placés des arbres de Noël le long de leurs tranchées, ils avaient chanté des chants de Noël, puis ils étaient sortis de leurs tranchées. C’est dans le No man’s land (terre sans homme en anglais), cette zone si inhospitalière, située entre les deux lignes de front que les ennemis, amis d’un jour, eurent le courage de se rencontrer.

Certains se virent offrir, par ceux qui leur tiraient dessus la veille des cigarettes, des plaques de chocolat, du tabac… D’autres se montraient les photos de leurs tendre moitiés.

La trêve de Noël vue par un caporal Français (source http://crid1418.org/):

‘Le 26.12.14

Mes chers Parents,

Encore 36 heures de tranchées de faites, mais celles-ci se sont passées dans des conditions particulières que je vais vous raconter.

Nous étions cette fois à 25 m des tranchées allemandes, que nous distinguions très nettement. Ceux que nous relevions nous dirent: depuis 36 heures que nous sommes là ils n’ont pas tiré un seul coup de fusil pour ne pas être ennuyés par une fusillade inutile. C’était sensément un accord  entre nous et eux.

Dans la journée, j’avais entendu dire qu’ils nous avaient causé, échangé des journaux, des cigarettes même. Je ne voulais le croire tant que je n’en aurais pas eu la preuve par moi-même.

Au jour, je risque vivement un œil par-dessus la tranchée, enhardi par le calme qui régnait des 2 côtés. Je recommence à regarder plus attentivement. À mon grand étonnement, j’aperçois un Bavarois (car ce sont eux qui étaient en face de nous) sortir de sa tranchée, aller au-devant d’un des nôtres qui lui aussi avait quitté la sienne et échanger des journaux et une solide poignée de main. Le fait se renouvela plusieurs fois dans le courant du jour. Un Alsacien qui se trouvait près de nous échangea avec eux une courte conversation par laquelle les Bavarois lui apprirent  qu’ils ne voulaient plus tirer un coup de fusil, qu’ils étaient toujours en première ligne et qu’ils en avaient assez. Ils nous ont prévenus qu’ils seraient bientôt relevés par les Prussiens et qu’alors il faudrait faire bien attention, mais qu’avec eux il n’y avait rien à craindre. En effet, ça fait 4 jours qu’à 25 m l’un de l’autre il ne s’est pas échangé un seul coup de fusil.

[…]

Tout à coup, tout près de nous on entend chanter au son de flûtes et d’un harmonium. C’étaient les Bavarois qui fêtaient Noël. Quelle impression ! D’un côté des chants religieux, de l’autre la fusillade, et tout ça sous un beau clair de lune en pleins champs, tout recouverts de neige. Quand ils eurent fini nous poussâmes des hourrah, hourrah …

À notre tour, le Capitaine le 1er, nous entonnâmes d’une seule voix: Minuit Chrétien, puis il est né le Divin Enfant. Ils nous écoutèrent, puis eux poussèrent des applaudissements et des bravos. Enfin,  trois qui savaient très bien l’Allemand chantèrent deux cantiques en chœur avec les Bavarois.

On m’aurait raconté cela je ne l’aurais pas cru, mais les faits sont là et ils se produisent un peu partout, mais malheureusement, ne serviront à rien. […]

Votre fils qui vous aime.’

Un soldat britannique de 19 ans, Henry Williamson, écrivit à sa mère le lendemain de Noël:

‘Chère Mère, j’écris des tranchées. Il est 11 heures du matin. […]. J’ai à mes lèvres une pipe offerte par la princesse Marie. Dans la pipe du tabac. Bien sûr, me direz-vous. Mais attendez. Dans la pipe il y a du tabac allemand. Ah, dites-vous, d’un prisonnier ou trouvé dans une tranchée capturée. Et bien non ! D’un soldat allemand. Oui un soldat allemand directement de sa propre tranchée. Hier, les Anglais et les Allemands se sont rencontrés et se sont serrés la main dans la partie entre les tranchées, et ils ont échangé des souvenirs, et se sont serrés la main. Oui, toute la journée de Noël, et alors que je écris. C’est merveilleux, n’est-ce pas? ‘

L’une des images emblématiques de cette trêve est une partie de football entre les Allemands et les Alliés. Plusieurs parties de foot ont été d’ailleurs reportées le long du front.

Il est difficile d’estimer combien de soldats ont pris part à ces parties, ou la trêve en général. On estime à 100 000 le nombre de soldats qui auraient participé à la trêve officieuse sur le front. Beaucoup de lettres envoyées par les soldats en témoignent. Une trêve vue par les autorités comme un incident inacceptable et qui devait être passée sous silence dans la presse.

La trêve de Noël de 1914 a été un moment bref et remarquable de paix durant l’une des périodes les plus violentes et meurtrières de notre histoire.

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