24    juil 20140 commentaire

‘Prezioso olocausto’ : récit de la Grande Guerre en Italie

Dans le cadre du centenaire de la Grande Guerre, nous rendons hommage aujourd’hui à un soldat italien, Cesare Mele, originaire de la ville de Sezze, située à 65 kilomètres au sud de Rome.

Alliée de la triplice (qui la liait avec l'Autriche-Hongrie et l'Allemagne), l'Italie décida en 1914 de rester neutre, pour finalement rejoindre la Triple-Entente (France, Royaume-Uni et Russie) en mai 1915.  Au cours du conflit, 650 000 soldats italiens perdirent la vie, 947 000 furent blessés, 600 000 disparurent ou furent prisonniers.

Lucia Fusco

Lucia Fusco nous raconte l'histoire de son grand-oncle qui par son courage et son sacrifice sauva toute sa famille.

Il y a quelques années, l'école Ceriara de Sezze reçut le nom d’un soldat, héros de la résistance, Aldo Bottoni. A quelques jours de la fin de la Seconde Guerre mondiale il avait donné sa vie et sa jeunesse, pour que nous puissions être libres aujourd’hui.

Ceci cependant est une autre histoire. C'est l'histoire d'un soldat, héros et "saint" qui a donné sa vie au cours de la Première Guerre mondiale pour la survie de sa famille. Sa famille, ma famille. Son nom était Cesare Mele. La stèle de sa tombe aurait besoin d’être restaurée. Elle est située dans la partie historique, au milieu de nombreuses autres pierres tombales, toutes aussi abîmées et oubliées. La photo montre un beau garçon brun en uniforme, avec une moustache.

Tombe de Cesare Mele

Voici l'épitaphe:

Cesare Mele fils d’Antonio

Grenadier

Comme précieux Holocauste

Pour la victoire italienne

A rejoint les Anges

À l'âge tendre de 22 ans

Ses parents inconsolables et sans vie.

C’était en 1918 et Cesare, Grenadier de Sardaigne, était sur le front vénète. Depuis un certain temps, il recevait de chez lui des lettres avec une calligraphie inconnue, et même les mots n’étaient pas ceux utilisés dans sa maison. Inquiet, il demanda une permission de quelques jours à son capitaine, à qui il montra les lettres et fit part de ses craintes. Après quelques jours de voyage, le train l'amena à Velletri. Puis il arriva chez lui en toute hâte.

Cesare Mele

La maison était silencieuse. Il trouva les volets fermés et la porte entrouverte : son père, Antonio, avait une forte fièvre et ne le reconnut pas, sa mère, Filomena, dans un murmure, le pria d'être prudent : la grippe espagnole les avaient frappés. Qu’il aille à all''Alberito' à Ceriara, où leurs bêtes étaient attachées aux oliviers … Même ses frères et sœurs étaient malades: le plus jeune, Angelo, âgé de quelques mois, qu’il voyait pour la première fois, était le plus malade. Cesare ne perdit pas courage et prépara du vin chaud à laquelle il ajouta la précieuse quinine que chaque soldat avait. Une fois refroidi, il  fit boire le liquide à sa famille. Tout le monde reçut une dose, sauf le bébé, qui était trop petit pour boire ce terrible breuvage.

Puis, sur un âne, il partit sur le chemin de Quartara, tratturo qui du Mont Trevi descend jusqu'à Ceriara, à quelques pas du marais, où se trouvaient la taverne de Panici et quelques cabanes. Arrivé à 'l’Alberito' il s’occupa des animaux. Il les libéra pour qu’ils paissent. Il leur donna de l’eau et puis, avant de rentrer à la maison, parce qu'il était très fatigué par le voyage et les émotions, il sema des fèves pour que les bêtes ait plus de nourriture.

Mais il avait attrapé la grippe, et dès qu’il rentra chez lui, il se mit au lit, fiévreux. Son père, sa mère et ses frères et sœurs commençaient à se sentir un peu mieux et attendait son retour. Filomena alla prévenir les gendarmes que son fils Cesare avait la grippe espagnole, et qu’il ne pouvait pas repartir le lendemain; mais le maréchal répondit que, mort ou vif, il devait repartir sur le front.

Le soldat malade se reposait dans la chambre qu'il partageait avec ses petits frères et sœurs et ses grands-parents. Dans une autre pièce il y avait maintenant un petit cercueil dans lequel reposait le bébé Angelo. Cesare, ignorant la mort de son plus jeune frère, s’étonnait de ne pas l’entendre pleurer. Sa mère lui dit qu’il était chez la voisine. Ainsi Cesare partit tranquille: quand il sentit la mort proche il demanda à sa mère d’aller lui chercher de l’eau fraîche ... et il mourut seul. Comme un soldat. Il n'avait pas le courage de mourir devant sa mère. Il venait d’arriver chez lui mais déjà il était parti. Il avait distribué de la quinine à tous mais lui n’en avait pas bu ...

Une vue ancienne de Sezze

Filomena, fière et courageuse comme Anita Garibaldi, enterra en quelques heures son fils ainé ainsi que son petit dernier et le plus jeune, accompagnée au cimetière par l’institueur Nardacci et sa classe. En fait, l’école se trouvait dans la maison de Filomena. De retour à la maison la mère en deuil offrit à l’instituteur et aux enfants tout le fromage et le pain en l'honneur de ses chers disparus. Après avoir pris soin de la maison et des sept petits frères et sœurs, Paolo, Tommaso, Vincenzo, Lidano, Luigi, Luisa, Giuseppina, elle se rendit all'Alberito, a Ceriara avec son âne. Tout était en ordre, les animaux avaient survécu à ces jours terribles. Le pré était en fleurs, les fèves commençaient tout juste à pousser ... et Filomena reconnut les empreintes profondes de son fils. Un fleuve de larmes coula de ses yeux et entre deux sanglots, elle embrassait les traces une à une, comme si elles étaient une relique, et elle criait et maudissait le ciel de ce supplice.

Je voulais écrire cette histoire pour la partager, car elle ne doit pas être oubliée. Quand j'étais petite, mes parents et mes grands-parents racontaient les histoires de famille, à moi et à mes cousins​​, pour que nous puissions grandir en connaissant notre histoire. Pour se souvenir toujours du chemin parcouru. Aujourd'hui, nous ne racontons plus les histoires de sacrifice aux jeunes générations : ce sont des choses anciennes et inutiles, personne ne s’en soucie. Mais je crois, fermement, que notre passé, notre langue, l'histoire, sont les choses les plus précieuses que nous possédons, et une fois perdue toute mémoire il ne nous restera plus rien, comme l’écrit le poète sicilien Ignazio Buttitta:

‘Un peuple

devient pauvre et asservi

quand on lui vole sa langue

héritée de son père.

Elle est perdue à jamais.’

Aujourd'hui sur ses empreintes se tient ma maison. Je vis à l’'Alberito' depuis de nombreuses années...

27    sept 20136 commentaires

Entretien avec Arnaud Manuardi, président de ‘Racines Italiennes’

Je suis ravie d’accueillir aujourd’hui dans les pages de notre blog Arnaud Manuardi, président de l’association ‘Racines Italiennes’. C’est à la fin du printemps que je l’ai rencontré, à Marseille, au XXIIème congrès national de généalogie. Le stand de MyHeritage se trouvait en face de celui de son association, et je peux vous assurer que son stand a été littéralement pris d’assaut durant les trois journées qu’a duré le congrès. Nombreux sont en effet les Français qui ont des origines italiennes (comme moi !).

Arnaud Manuardi et moi-même, Elisabeth Zetland, devant le stand de Racines Italiennes au congrès de généalogie à Marseille en juin 2013.

Pouvez-vous vous présenter en quelques lignes ?

Je suis né dans la cité de Jules Ferry en 1974. Mes racines sont italiennes du coté paternel et françaises du coté maternel. J’ai pris gout à m’intéresser à l’histoire grâce à ma grand-mère maternelle qui était résistante avec ses parents. Celle-ci m’a souvent fait visiter le musée de notre commune dans lequel j’ai eu la chance de travailler quelques années pour préparer l’informatisation des collections.

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26    déc 20121 commentaire

La Befana en Italie

Si chez nous sommes déjà à l’après Noël, en Italie les fêtes battent encore leur plein. Le 26 décembre, jour de Santo Stefano, est un jour férié depuis 1947, dédié généralement aux visites familiales.

La befana (source photo : pdeventi.blogspot.fr)

Pour les enfants les fêtes de la Nativité ne s’achèveront que le 6 janvier. Car si durant la nuit du 24 au 25 décembre, c’est Babbo Natale (le père Noël en italien) qui leur a porté les cadeaux qu’ils rêvaient d’avoir, dans la nuit du 5 au 6 janvier, c’est la Befana qui se rend dans les maisons des petits italiens.

La Befana est une figure incontournable du folklore italien, dont le nom provient du mot Epifania (l’Epiphanie).

Munie de son balai, avec ses airs de sorcière, elle ferait plutôt peur, mais en réalité elle a le sourire aux lèvres et récompense les enfants qui ont été sages en mettent dans les chaussettes suspendues à cet effet toutes sortes de douceurs.

Et pour ceux qui n’ont pas été sages ? C’est du charbon que la Befana leur porte ! Enfin en principe, car le carbone a souvent un goût de réglisse !

21    oct 201213 commentaires

Noms de famille et migrations en Italie

Une vue de Padoue

L’Italie est l’un des pays qui comptent le plus de noms de famille différents.

Fait peu surprenant pour un pays encore aujourd’hui fortement marqué par ses différences régionales, caractérisées notamment par ses nombreux dialectes. Ainsi un ‘Esposito’ sera originaire de Naples, et un Bertoletto sera indubitablement originaire de la Vénétie.

Parmi les noms les plus portés en Italie, nous pouvons citer les noms Rossi, Ferrari, Bianchi, Ricci, Lombardi, Conti, Moretti.

Le nom peut désigner un attribut physique, Rossi pour les cheveux roux, un métier, Ferreri pour le forgeron, ou une origine géographique comme Lombardi.

Les noms de famille dérivés du prénom du père sont assez répandus tels Gualtieri ou Filipetri, mais aussi d’une charge ou d’un titre tels Conti (comte) ou Marchesi (marquis), ou d’une profession tels Notari (notaire)  ou Medici (médecin), ou d’une origine topographique : Della Chiesa (de l’église), Delboscho (Du bois), ou dérivés de sobriquets : Malatesta (mauvaise tête), Gambacorta (courte jambe), Selvaggi (sauvage).

La semaine dernière le CNRS a publié le compte-rendu d’une étude (publiée dans la revue américaine Human Biology) menée en Italie par une équipe franco-italienne de chercheurs.

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28    mai 20122 commentaires

Du Piémont vers les Alpes françaises : l’histoire familiale de Francis et Raymonde

Francis avec son épouse Raymonde, sa fille Sophie et sa belle-mère Madeleine

Nous avons récemment été contactés par Francis Bodino, utilisateur français de MyHeritage depuis presque cinq ans.

Le dernier d’une famille de huit enfants (quatre filles et quatre garçons), Francis est né en 1945 dans les Alpes Maritimes à Puget-Théniers, de parents italiens originaires du Piémont.

Après avoir vécu 30 ans à Puget-Théniers, il partit à Nice où il habite toujours avec son épouse, Raymonde, niçoise de naissance.

Francis (à gauche) et ses frères et soeurs

Lorsqu'il arrêta de travailler en janvier 2004, Francis eut envie de partir sur les traces de sa famille ainsi que celle de son épouse, originaire également du Piémont. Il voulait permettre à ses nombreux neveux et nièces de conserver la mémoire familiale. Il commença à rassembler les renseignements en sa possession et ayant découvert le logiciel Family Tree Builder de MyHeritage, il y construisit son arbre généalogique.

Francis (à gauche) et sa classe de l’école de Puget-Théniers en 1951

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2    mai 20123 commentaires

Sondage : Frères et sœurs

Frère et sœur: mon frère et moi

Je dois remercier mes parents: j’ai la chance d’avoir un frère (qui aujourd'hui fête son anniversaire). D’ailleurs ma mère sait de quoi je parle ; elle a elle-même un frère avec qui elle entretient une relation privilégiée.

Le lien entre frère et sœur, qu’il soit décliné au singulier ou au pluriel) est l’assurance dans la vie d’avoir un ami sûr, avec lequel on partage la même histoire familiale, les mêmes souvenirs, les mêmes joies et peines. En principe. Certains pourront certainement nous parler de relations exécrables entre frères et sœurs !

Il est certain qu’avoir plusieurs frères ou sœurs n’est pas la même expérience que d’en avoir un seul. Je me souviens que lorsque je vivais à Naples, j’avais lu un article d’époque sur une mère qui avait eu 19 enfants dans les années trente. Les familles nombreuses ne manquaient pas alors en Italie. C’était aussi le cas dans le nord du pays: mon grand-père paternel, né en 1915 en Vénétie, avait 7 sœurs et 2 frères. Depuis, dans ma famille, aucune branche n’a fourni autant de frères et sœurs!

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20    mar 20120 commentaire

Nos racines italiennes

Entre la fin du XIXe et le milieu du XXe siècle, l’Italie fut une terre d’émigration et un réservoir de main-d’œuvre pour de nombreux pays. Des millions d’Italiens fuyaient une économie en déroute et partirent chercher ailleurs une vie meilleure. Entre 1876 et 1900 plus de 220 000 d’entre eux quittèrent la péninsule italienne. L’ampleur de l’émigration va s’accroître considérablement dans les décennies suivantes. En 1913, ils étaient 875 000. Ils furent plus de huit millions entre 1900 et 1915. Au total, ils furent 30 millions.

En France, en 1911, ils représentaient le premier groupe d’étrangers, de même qu’en Belgique durant l’entre-deux-guerres. En Suisse, les premiers travailleurs saisonniers étaient italiens. Au Québec, la communauté italienne est la troisième de la province ; l’italien étant la troisième langue parlée.

En 1932, ma grand-mère paternelle quitta son village natal en Vénétie, Mansuè, et arriva dans le Gers avec sa famille . Elle avait 18 ans. Mon grand-père, originaire du village voisin, entreprit le même voyage l’année suivante. Ma grand-mère se rapelle les dures conditions des débuts. La langue était une barrière, l’éloignement de la terre natale un déchirement.

Mes grands-parents quittèrent leur Vénétie natale dans les années 30

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28    fév 201216 commentaires

MyHeritage accueille Elisabeth, nouvelle Community Manager française

Elisabeth

Je suis votre nouvelle Community Manager pour la France & les Pays Francophones. Je suis  désormais responsable du Marketing et des Médias Sociaux dans ces communautés.

Ceux qui ont lu mes articles me reconnaîtront grâce aux détails personnels que j'ai déjà partagés avec vous comme mes grands-parents italiens, mon grand-père Léon et son album de cartes postales envoyées pendant la Grande Guerre, ma fille de quatre ans, mes deux-grands mères de 87 et 97 ans, mes origines gasconnes.

Je vais vous en dire un peu plus sur mon histoire familiale.

Très jeune, je me suis intéressée à l’histoire de ma famille. J’étais surtout intéressée par mes racines italiennes. Adolescente, j’interrogeai sans cesse ma grand-mère. Très vite je pris des notes. Ma grand-mère est toujours là, et à bientôt 98 ans, elle aime toujours autant raconter des anecdotes du passé.

A l’université, c’est tout naturellement que je choisis d’étudier l’Histoire. A 20 ans, je partis 3 mois en Vénétie chez mes cousins italiens. Hélas de ce côté là, je ne connais pour l’instant que les noms des parents respectifs de mes grands-parents paternels. Les archives de leur petit village, Mansuè (dans la province de Trévise), ont apparemment été détruites dans un incendie, mais je ne désespère pas d’en savoir plus un jour.

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20    oct 20100 commentaire

Histoires de migrants

Au détour du web, nous sommes tombés sur deux mini-reportages diffusés sur demain.tv et traitant de ces milliers de personnes qui ont tout quitté pour trouver une vie meilleure dans l'hexagone.

Le premier traite l'immigration italienne vers la France et tout particulièrement vers la région parisienne où les premiers migrants arrivèrent en 1856, fuyant la misère de leur pays :


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