20    août 20142 commentaires

Le Grenier de nos Ancêtres : Entretien avec Guillaume Chaix

Aujourd'hui dans le cadre de notre rubrique sur les acteurs de la généalogie, nous avons le plaisir d'accueillir  Guillaume Chaix, généablogueur du Grenier de nos Ancêtres. Voici le portrait d'un généalogiste de 24 ans qui allie sa formation d'historien à sa passion de la généalogie.

Guillaume Chaix

Présentez-vous en quelques lignes.

Je m’appelle Guillaume Chaix. J’ai 24 ans. Je suis originaire de Saint-Jean-de-Maurienne, une petite ville savoyarde. J’ai effectué mes études à Lyon, où j’ai obtenu un Master II Recherche en Histoire.

Mon mémoire avait pour sujet : Européens et Juifs dans la société coloniale algérienne (milieu du XIXe-début du XXe siècles). Trajectoires familiales à partir de Sidi-bel-Abbès. En d’autres termes, je me suis intéressé à l’histoire des populations en Algérie coloniale, en particulier l’histoire sociale et familiale des populations européennes, mon ascendance maternelle en étant d’ailleurs issue. Pour ce faire, j’ai dépouillé pas moins de 1268 actes de mariage concernant la commune de Sidi-bel-Abbès, sur la période 1850-1902. Cela m’a alors permis d’établir une base de données conséquente, à partir de laquelle j’ai ensuite travaillé. J’ai ainsi pu coupler une approche à la fois quantitative et qualitative en adoptant une « méthode généalogique » chère à Jacques Dupâquier, historien-démographe connu et reconnu. C’est à lui qu’on doit l’introduction d’une méthode généalogique en histoire. N’est-ce pas lui qui écrivait : « Ces généalogistes participent à des travaux d’intérêt collectif et ne se contentent plus d’aligner des noms et des dates. Une bonne part d’entre eux sont devenus de vrais historiens, des historiens de leur famille, ou, mieux encore, des explorateurs de l’espace social où ont vécu leurs ancêtres. » (Source : Introduction : Pour une nouvelle histoire sociale, dans DUPAQUIER, Jacques, KESSLER, Denis (dir.), La société française au XIXe siècle, Tradition, transition, transformations, Paris, Fayard, 1992, pp. 10-11)

Quelle est votre activité actuelle ?

Actuellement, je travaille dans le milieu associatif en tant qu’agent de développement. Plus précisément, je suis rattaché à une Association Cantonale d’Animation (ACA) - Centre socio-culturel et je travaille sur les axes patrimoine - développement durable : mon travail consiste à suivre et accompagner divers porteurs de projets locaux et contribuer à la valorisation du territoire, à l’échelle cantonale.

Cela étant, je compte abandonner le salariat et me consacrer pleinement à mon activité de généalogiste en créant mon entreprise d’ici la fin de l’année 2014.

Comment est né votre intérêt pour la généalogie ?

Au départ, ma simple curiosité a alimenté un certain questionnement généalogique. Puis, petit-à-petit, cette curiosité presque naïve s’est transformée en besoin de savoir, besoin de savoir d’où je viens et qui j’étais finalement. Une sorte de quête identitaire en définitive. J’ai commencé la généalogie en m’intéressant surtout à mon ascendance maternelle. Dans la bouche de mon grand-père, il n’y avait qu’un seul mot : l’Algérie. Logiquement, je pensais alors que mes racines s’établissaient là-bas, de l’autre côté de la Méditerranée.

Grâce à Internet et la numérisation progressive des Archives et de l’état civil notamment, j’ai pu alors retracer mon ascendance maternelle découvrant alors qu’avant l’Algérie mes origines étaient à la fois multiples et diversifiées : de l’Espagne à l’Allemagne, en passant bien sûr par la France ou encore la Suisse, comprenez pourquoi je me suis intéressé, dans le cadre de mes études, à ces populations européennes d’Algérie.

Voici un extrait des états de service d’un de mes aïeux directs, Karl Wilhelm Rieth, un allemand, qui s’est engagé dans la Légion étrangère et s’est retrouvé en Algérie dès les années 1850-1860. Naturalisé français, ses prénoms ont été francisés : il s’appelait également Guillaume. Lorsque mes parents ont choisi mon prénom, ma mère ne savait absolument pas qu’un de ses ancêtres s’appelait Guillaume !

Car, en effet, si mon intérêt pour la généalogie s’est manifesté naturellement, je me suis toujours efforcé d’adopter une posture « historienne » en phase avec les études que je menais. Je dirais même que j’ai vite été convaincu du fait que la généalogie est une porte d’entrée formidable à la discipline historique… Faire de la généalogie, c’est, d’une manière ou d’une autre, faire de l’histoire.

Enfin, en ce qui me concerne, mon intérêt pour la généalogie n’a cessé de croître dans la mesure où j’ai été fasciné par l’hétérogénéité sociale et géographique de mes ancêtres. De plus, mes ascendances paternelle et maternelle réunissent un peu tous les aspects de la généalogie dans la mesure où mon ascendance maternelle, comme je l’ai dit, est éclatée et très diverse : elle m’emmène dans des villes, régions, pays très différents ; alors que mon ascendance paternelle est très localisée, dans un petit village alpin de Maurienne qui s’appelle Saint-Sorlin-d’Arves, ce qui ne veut pas dire pour autant que mes ancêtres mauriennais n’étaient pas mobiles, bien au contraire. Ainsi, les méthodes de recherche pour mes deux ascendances sont assez différentes et m’amènent toujours à renouveler mes questionnements.

Quelle est l'origine de votre nom de famille ?

Bonne question. Déjà, ce qu’il faut dire, et je me fais l’écho de mes aïeux car je l’ai souvent entendu étant petit dans la bouche de mes père et grand-père, non sans une pointe de véhémence : « on s’appelle Chaix, on prononce le X ! » Dès lors, l’hypothèse selon laquelle mon patronyme viendrait du « chai », lieu où se déroule la vinification, semble erronée - il se trouve que beaucoup de Chaix en France ne prononcent pas le X. - d’autant plus que la culture du vin à Saint-Sorlin… est inexistante !

Or, je retrouve mon ascendance Chaix dans ce petit village alpin depuis le premier quart du XVIIe siècle. La mémoire familiale a toujours insisté sur le fait que nous avions, dans la famille Chaix, des mâchoires imposantes, carrées. À Saint-Sorlin, notre sobriquet était les « Ours » (en patois, ne pas prononcer le S). Sur Internet, j’ai alors trouvé, sur l’origine de mon nom, l’explication suivante :

« Mais il est souvent associé en topographie à des collines, et c'est sans doute le sens de "rocher" qu'il faut privilégier, soit d'après la racine "quer", soit par une métaphore liée à l'occitan "cais" (= mâchoire, dents) » (Source : Généanet)

Les deux hypothèses sont plausibles, peut-être même l’origine de mon nom vient du mélange des deux. Ma famille est originaire du hameau le plus haut dans la commune de Saint-Sorlin, qui s’appelle

Pierre-Aigüe et qui se trouve presqu’au pied du col de la Croix-de-Fer. Ainsi, l’hypothèse du rocher est valable. L’hypothèse de la racine occitane n’est pas moins plausible dans la mesure où il se pourrait tout à fait que ma famille soit le fruit d’une migration venant du Sud, le col de la Croix-de-Fer étant un axe de communication très important…

La généalogie, c’est aussi cela : de la recherche, de la réflexion, de multiples tâtonnements, des résultats et parfois une part de mystère qui subsiste !

Quelle est la ou les découvertes les plus marquantes que vous avez faites sur votre famille ?

Bien que le choix soit difficile, je dirais que la découverte la plus marquante - au sens de la plus haletante - concerne un grand-oncle de mon grand-père paternel, parti en Amérique du Nord au milieu du XIXe siècle. Imaginez seulement, un individu originaire d’un tout petit village montagnard qui part tenter une ruée vers l’or en Californie…. Individu rejoint par son petit frère des années plus tard. Quand j’étais petit et que mon grand-père évoquait ses « oncles d’Amérique », cela relevait du mythe pour moi. De la légende familiale. Et pourtant, c’est bien vrai. J’ai retracé le parcours de mon ancêtre, Etienne Brunet (1834-1891) et de son petit frère Jacques Joseph (1846-1891) notamment grâce à des lettres d’Etienne, envoyées depuis la Californie, que j’ai retrouvé dans la maison familiale de Saint- Sorlin… Un trésor inestimable pour moi !

Etienne Brunet (1834-1891), ce grand-oncle parti en Californie

Au-delà de l’intérêt familial que je porte à cette épopée - que j’explique en détails dans deux de mes articles de mon blog : http://le-grenier-de-nos-ancetres.over-blog.com/2014/06/b-comme-brunet-un- oncle-d-amerique-legendaire-partie-1-2.html & http://le-grenier-de-nos-ancetres.over- blog.com/2014/06/m-comme-mes-oncles-d-amerique-legende-ou-realite-partie-2-2.html - l’histoire d’Etienne a un véritable intérêt historique.

En effet, l’immense majorité des Français qui ont tenté leur chance en Amérique du Nord et notamment en Californie pour la ruée vers l’or sont des Français originaires des villes, des citadins. Or, mon ancêtre, parti au cours des années 1850, lorsque la Savoie n’était d’ailleurs pas française, est d’origine rurale. Les raisons de son départ, la misère et l’indigence, qu’il décrit dans une langue française assez remarquable. Si je connais désormais sa biographie sommaire, je continue à collecter la moindre information afin d’étoffer l’histoire extraordinaire de ce grand-oncle.

Exemple des lettres retrouvées d’Etienne. Celle-ci date du 1er décembre 1864 : l’écriture y est soignée et le français de mon ancêtre assez remarquable !

Pouvez-vous nous en dire plus sur votre blog ?

L’idée de créer un blog généalogique trottait dans ma tête depuis quelques temps déjà. L’élément déclencheur qui a fait que j’ai sauté le pas, c’est le Challenge AZ. Créé par Sophie Boudarel, la deuxième édition de ce Challenge s’est déroulée en juin dernier. Il consiste à publier sa généalogie, presque tous les jours de la semaine, en suivant les lettres de l’alphabet. J’ai trouvé le concept original et très intéressant. Je me suis donc lancé dans l’aventure.

Aussi, l’outil numérique étant devenu incontournable dans la pratique généalogique, l’idée d’un réseau de « généablogueurs » m’a séduit. Cela m’a même amené à être présent sur Twitter (@grenierancetres).

Pour l’heure, s’il est vrai que mon activité professionnelle ralentit les publications sur mon blog, ma pratique généalogique demeure intacte. De beaux projets doivent naître dès la rentrée de septembre…

Un conseil pour les généalogistes débutants ?

Avoir l’esprit ouvert, être curieux, être patient aussi. La généalogie est une pratique illimitée : toute impasse a (presque) toujours une issue : il suffit de savoir chercher et prendre parfois le temps de la réflexion. Je crois beaucoup également à ce que j’appelle la pratique du « yoyo » : ne pas hésiter à faire des allers et des retours sur des actes déjà consultés. Et surtout, partagez votre généalogie avec vos proches, ne restez pas isolé…

L’humilité va de pair avec la généalogie : rien n’est jamais acquis… dans la vie comme dans notre pratique généalogique !

Commentaires (2) Trackbacks (0)
  1. Bonjour,
    Je viens de vous lire , je suis admirative de vos recherches.
    J'ai 62 ans et commencė ma généalogie il y a plus de 4 ans, le besoin de savoir mes racines mes ancêtres! Je suis très curieuse de nature et ces recherches sont comme une chasse aux trésors presque chaque jour j'y consacre des heures.Un passe temps qui me rend heureuse chaque jour.
  2. quelle surprise! mon lieu de naissance et celui de ma famille est Sidi Bel Abbes.Famille Égèa et Dominguez.C'est grâce à mon cousin Égèa Jean Marie que j'ai pu connaitre mes origines;cela m'aapporté beaucoup d'emotions.Je ne peux que vous admirer.

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