13    nov 20131 commentaire

Grande Guerre : hommage à Pierre Glorieux, 15 ans en 1914.

Avant-hier, nous avons commémoré l’armistice du 11 novembre 1918 dans les pages de ce blog en publiant les photos de soldats de la Grande Guerre.

Au lieu d’une photo de son ancêtre soldat, Philippe Glorieux, originaire du Douaisis,  nous a envoyé un article relatant les mésaventures de son grand-père, qui avait 15 ans en 1914.  En hommage à Pierre Glorieux, qui sans en porter l’uniforme, a traversé les épreuves de la guerre avec le courage de son jeune âge, voici son témoignage qui fut  publié dans le Grand Écho du Nord le 9 février 1938.

Pierre Glorieux avec son épouse et son fils, après la guerre.

L’héroïque odyssée d’un jeune Douaisien de quinze ans pendant la guerre.

Pierre Glorieux habite 168 rue de Lambres à Douai. Âgé aujourd’hui de trente-huit ans, il est employé dans une maison de transports. C’est un fervent sportif ; il est sous délégué de l’U.V.F, membre du cyclo-club Douaisien où il dirige et soutient avec assiduité les jeunes qui se lancent dans le sport cycliste. C’est un garçon sympathique, dont l’héroique odyssée pendant la guerre, mérite d’être contée. Je suis allé l’interviewer et voici ce qu’il m’a déclaré :

‘A la déclaration de la guerre, j’avais quinze ans ; j’habitais faubourg de Paris, à Douai. Je vis arriver les premiers soldats allemands, le 20 septembre 1914. Ils incendièrent quelques maisons. Mes  parents, comme beaucoup d’habitants, pris de panique, s’enfuirent. Moi, je n’abandonnai pas la maison. J’allai un peu plus tard retrouver une compagnie d’infanterie territoriale, située à la briqueterie Bourlet, à Sin-le-Noble. J’ai vécu avec nos soldats jusqu’au moment où eut lieu l’encerclement de la ville. Durant ces trois semaines, je fus, avec un petit camarade, J.P. de deux ans plus jeune que moi, le volontaire de corvée portant le ravitaillement et la soupe à l’aide d’une poussette et d’un panier, allant du Raquet à Goeulzin.

L'article sur Pierre Glorieux, publié le 9 février 1938

Le combat

Quelques jours plus tard, un combat eut lieu. Nos fantassins, inférieurs en nombre, durent se replier. Un jeune lieutenant nous invita à rentrer chez nous et ne dut lui-même son salut qu’à un déguisement.

Dans sa précipitation, il nous confia un mulet et une mitrailleuse, qu’il ne voulait pas abandonner à l’ennemi. Ramenez le tout à l’Hôtel de Ville, nous dit-il.

Nous remîmes notre butin au général Plantet, en présence des officiers qui nous félicitèrent chaleureusement. Ce fut quelques heures plus tard, le départ définitif de notre état major-local et de nos soldats ; je perdais alors dans l’affolement général mon petit camarade. L’occupation eut lieu le 2 octobre. Je restai en ville, où je pus encore rendre service à deux sous-officiers français, dont un douaisien, commerçant servant au 41e Régiment d’Artillerie, à qui je procurai des vêtements civils que j’allai recueillir chez des habitants voisins.

Arrêté et évadé

Le lendemain matin en allant repérer la route pour permettre aux soldats français devenus des civils de sortir de la ville, je fus arrêté par les allemands, et emmené à pied sur Cambrai. Je couchai le soir à l’église d’Aubigny-au-Bac, d’où je ne tardai pas  à m’évader et rentrai à Douai pendant la nuit, quatre jours après. Étant recherché, je restai caché jusqu’au 16 octobre 1915. Je fus à nouveau arrêté et envoyé à Guise dans les « Brassards Rouges ». Le lendemain on nous pris nos souliers. Le soir même nous nous évadâmes à quatre, dont un douaisien bien connu Jules Bauchamp et deux Roubaisiens. Quatre jours après, les pieds en sang, les vêtements en lambeaux, nous rentrions à Douai. Nous fumes cachés dans une maison du Barlet, où nos parents malgré le maigre ravitaillement, nous apportaient à manger.

Le 10 mars 1916, dénoncé, je fus arrêté pour avoir tenté de me procurer de la viande et des vivres, en attachant dans une cave un soldat allemand préposé à la garde du magasin. Je fus traduit en conseil de guerre avec quatre camarades, le 20 avril 1916 et condamné à cinq ans de travaux forcés, grâce à mon jeune âge. Les autres eurent dix et vint ans. Je fis connaissance avec la prison de Cuincy, d’où nous tentions à nouveau de nous évader. Malheureusement, nous fumes découverts et un de nos camarades, le jeune Hornez, fut aperçu et abattu par la sentinelle. Nous fûmes alors mis aux fers, au pain et à l’eau, pendant soixante jours. Transféré à Sedan, encadré par quatre soldats allemands, pieds et poings liés, je traversai la ville où je fus reconnu par bon nombre d’habitants.

Pierre Glorieux, à la veille de la Deuxième Guerre mondiale. Il sera rappelé en 1940 puis démobilisé.

Le calvaire

Six jours après, je m’évadais à nouveau, à l’aide d’une corde de fortune, qui se rompit. Je fis une chute de douze mètres et me brisai l’épaule. Pris de nouveau, je fus transporté à l’hôpital d’où après guérison, je fus dirigé sur Longwy, le 23 juillet 1917, pour travailler aux mines de fer. Je refusai de travailler. Vu mon état de faiblesse, je fus envoyé à Bazicilles, en qualité de cuisinier. Mais voulant aider mes amis douaisiens, je pris en fraude des vivres. Je fus surpris et renvoyé à la prison de Douai, d’où à la suite de longues privations et affaibli, je passai un conseil de réforme et fus envoyé au fort  de Maulne-lez-Mortagne, mis en cellule, jusqu’au moment où l’on fit évacuer les prisonniers sur Bruxelles en août 1918. À peine entré en gare, je m’enfuis à nouveau sous les feux des gardes allemands. Repris deux jours après, je fis connaissance avec la prison de Saint-Gilles-lez-Bruxelles et mis aux fers trente jours.

Faisant ensuite partie d’un convoi de prisonniers dirigés sur Aix-la-Chapelle, je m’évadai à nouveau en gare, J’eus alors l’aide bienveillante d’un vieux soldat allemand qui, m’indiquant la route me laissa fuir avec un autre compagnon roubaisien. Voyageant de nuit, souffrant de la faim, craignant toujours d’être repris, nous arrivâmes, pieds nus, exténués, après avoir parcouru plus de deux cent kilomètres, à Bruxelles. Ayant rencontré partout des soldats allemands fuyant en débandade, nous apprîmes alors que notre misère était finie. C’était le 11 novembre. Nous reprîmes alors notre chemin à pied pour rentrer à Lille.

Après bien des recherches, je retrouvai ma famille, transféré dans l’Yonne. Rentré à Douai, je fus incorporé le 23 avril 1919, au 52e Régiment d’Artillerie à Angoulême, où je fis deux ans de service. Sur demande de volontaires, je fis partie de l’armée d’occupation, au 8e Hussards à Mayence, où je fus, quelque jours plus tard « ô ironie du sort » puni pour avoir manqué de respect à un gendarme allemand, le même qui, quelques années auparavant, m’avait fait arrêter et traduire en conseil de guerre !

Nous remercions chaleureusement Philippe Glorieux d’avoir partagé ce document avec nous. Si vous voulez raconter l'histoire d'un ancêtre soldat de la Grande Guerre, n'hésitez pas à nous contacter par courriel à stories@myheritage.com ou dans les commentaires ci-dessous.

Commentaires (1) Trackbacks (0)
  1. ARRAS-62 France le 13.Novembre.2013

    Bonjour.
    j'ai trouvé honteux ce défilé de ce 11 Novembre.2013
    par des manifestants manquant du respect envers les poilus de cette triste époque14-18

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