13    jan 20132 commentaires

Gaston Simonet, soldat de la Grande Guerre

Il y a quelques jours, nous avons annoncé une dérogation générale concernant les registres matricules du recrutement militaire de la Première Guerre mondiale des classes 1912 à 1921. Le centenaire de la Grande Guerre approche, et aujourd'hui nous inaugurons une nouvelle rubrique dédiée à la Première Guerre mondiale. Voici le témoignage d'un de nos utilisateurs, Patrick Mathie, sur son grand-père Gaston Simonet.

Portrait de Gaston Simonet à Albi, fin 1915

Le 1er août 1914 l’ordre de mobilisation générale a été lancé en France comme en Allemagne.

Le 4 août, dans un message aux assemblées, le Président de la République Raymond Poincaré annonce que : « dans la guerre qui s'engage, la France [...] sera héroïquement défendue par tous ses fils, dont rien ne brisera devant l'ennemi l'union sacrée. » On pense alors que la guerre sera courte et les soldats qui embarquent dans les wagons de chemin de fer partent « la fleur au fusil ». Ils se voient déjà à Berlin dans les semaines qui suivent ! Aveuglement des états-majors, impréparation seront à la source d’une cruelle désillusion. La jeunesse de France sera emportée dans une tourmente qui durera plus de cinq longues années avant que l’armistice du 11 novembre 1918 ne mette un terme à cet  immense carnage que fut « la grande guerre ».

La veille, le 3 août, l’Allemagne a déclaré la guerre à la France.

Tous les témoins de cette période ont aujourd’hui disparu. Restent les films d’époque tournés sur le terrain, les analyses des historiens, les écrits des généraux. Mais rien ne remplace les témoignages des hommes du rang qui ont vécu au jour le jour l’atrocité de ce conflit mondial. Ils étaient paysans, ouvriers, artisans, instituteurs, comptables…et se sont trouvés soldats, engloutis dans un maelström, sous l’uniforme bleu horizon, un fusil à la main. Ils s’appelaient  Gaston Lavy ( Ma grande Guerre. Récits et Dessins. Editions Larousse) Louis Barthas (Les carnets de Guerre de Louis Barthas, tonnelier, 1914-1918. Editions La Découverte Poche). Ils ont témoigné avec leur plume ou leurs aquarelles de l’infinie souffrance de leurs camarades de combat, de leur désespérance parfois et de leurs quelques rares moments de joie ou de soulagement. D’autres ont laissé des cartes postales écrites au front. D’autres encore on raconté leur histoire à un fils, une fille, un petit fils, une petite fille.

Ces témoignages du quotidien méritent, eux aussi, d’être versés au dossier de  l’Histoire.

Gaston Simonet, mon grand père maternel, est né le 13 janvier 1897 à Etupes dans le département du Doubs. Son père Xavier, boucher de son état, a quitté le domicile familial en 1898 pour tenter sa chance, seul, en Amérique… Gaston, son frère Georges et sa sœur Odile ont donc été élevés par la maman, Louise Simonet-Surleau et les grands-parents. Son certificat d’études en poche il est embauché aux usines Japy de Fesches-le-Châtel qui fabriquent des ustensiles de cuisine en fer blanc. Il se rend au travail en sabots en traversant le bois qui sépare les deux communes voisines.

Plaque bracelet d’identification de Gaston Simonet

Il fait partie de la classe de recrutement 1917 sous le matricule 1384. La guerre étant déclarée depuis plus d’un an déjà et les pertes étant nombreuses, il est mobilisé à Belfort le 1er octobre 1915. Affecté au 15ème régiment d’Infanterie d’Albi, il commence son instruction militaire le 9 janvier 1916.

Cet homme aux cheveux châtain foncé, aux yeux marron foncé, au front moyen fuyant, au nez moyen, au visage plein et mesurant 1,65m…comme en font état les mentions portées sur son livret militaire, suit une formation de grenadier. Il apprend à lancer des grenades à main dans des cercles tracés sur le sol en effectuant un mouvement de balancier avec le bras.

La vie est  calme à Albi. Les soldats ont des permissions de sortie en ville et peuvent aller boire un verre de bière ou de vin à la terrasse des nombreux bistrots qui ont fleuri aux abords de la caserne. On parle des nouvelles du front, de ce front si lointain qu’il en paraîtrait presque irréel si les journaux ne rendaient compte quotidiennement des affrontements, de la guerre de tranchées, des avancées surtout (il ne faut pas saper le moral des civils de l’arrière !)

Février 1916, les allemands lancent une attaque d’envergure sur Verdun pour « saigner à blanc l’armée française ». Les éléments du  15ème régiment encore à l’instruction sont  envoyés au front. Dans le train qui l’emporte avec ses camarades, Gaston n’a pas encore pris conscience de la gravité de la situation : on joue aux cartes, on fume, on boit, on rit, on chante !

Gaston Simonet à Verdun en 1916 (photo envoyée à sa mère avec un message au dos)

L’arrivée dans les lignes arrières, près de Verdun est un choc pour lui et pour ses camarades. Au loin, il entend le grondement sourd de l’artillerie et des obus qui explosent nuit et jour sans discontinuer. La nuit, le ciel est illuminé par les explosions. Ce pourrait être féerique si ce n’était mortel ! Gaston fait connaissance avec les tranchées de deuxième ligne, la boue, le froid, la soupe froide, elle aussi.

Le 25 février 1916 le fort de Douaumont est pris par les allemands. Pour le reprendre Pétain fait monter les régiments en première ligne par rotation. C’est ainsi qu’à l’issue de la bataille chaque régiment de l’armée française sera monté au moins une fois à Verdun.

« La reprise de Douaumont,  le 24 octobre, ce fut l’enfer, me dit mon grand père, tu ne peux pas t’imaginer ! En premières lignes, un déluge de feu, d’acier, la terre  tremble en permanence, labourée par les obus qui sifflent au dessus de ta tête, les balles traçantes, les hommes assourdis, ensevelis, déchiquetés. Mon copain Sonnet a eu le bras emporté par un éclat d’obus, juste à côté de moi ! Et puis les gaz qui vous brûlent les yeux et les poumons ! …Lorsque nous avons repris la Côte 304 en août 1917 le nombre incroyable d’obus qui y étaient tombés avait raboté la crête sur plusieurs mètres de haut ».

Le 15ème régiment d’infanterie participera à bien d’autres batailles jusqu’en 1918: le Mort Homme, l’Argonne, Aspach en Alsace, les Vosges, le Mont Kemmel en Belgique, les Flandres…

J’ai posé plusieurs autres questions à mon grand père sur sa vie dans les tranchées et sur les sentiments qui l’habitaient à l’époque : « Le plus dur dans les tranchées, à part les combats bien sûr, c’était  l’hiver, le froid, la pluie, la boue et la neige. Lorsqu’on recevait des pommes de terres et qu’on vidait les sacs sur le sol ça faisait le même bruit que des noix qui s’entrechoquent car les pommes de terre étaient gelées. Le vin aussi gelait ! Pour se réchauffer les mains on était parfois obligés d’uriner dessus ! Les allemands ? Il n’y avait pas de haine envers eux, ils étaient comme nous…mais c’était eux ou nous, alors on ne faisait pas de sentiment ! Dans les cartes postales qu’on envoyait aux familles on ne disait pas tout ce qu’on voyait car ils ne nous auraient pas crûs ! Et puis il y avait la censure militaire ! »

Citation de Gaston Simonet à l’ordre du régiment

Carte écrite par Gaston à sa mère : « Verdun le 24.8.16. Ma chère mère. Je viens par ces quelques lignes te donner de mes nouvelles et en même temps t’envoyer ma photo. Pour moi, je suis toujours en bonne santé et je souhaite que la présente te trouve de même. Je ne peux pas t’en dire plus long car nous sommes trop occupés. Quand nous serons à l’arrière je t’en dirai plus long. Bien le bonjour à tous de ma part. Je termine en t’embrassant bien fort. Ton fils qui ne t’oublie pas. Gaston. »

L’armistice ayant été signé, le 15ème régiment d’infanterie a eu pour mission de surveiller des prisonniers allemands dans le nord de la France. Le caporal Simonet, musicien, avait été nommé chef de la clique du régiment. Alors que ses hommes sont allongés dans l’herbe lors d’une pose pendant une répétition, approche un commandant à cheval. Mon grand père le voyant arriver sur son fringant coursier dit aux musiciens de ne pas bouger et qu’il va le saluer « au nom du groupe » ; l’officier lui rend son salut et s’éloigne. Quelques instants plus tard l’ordonnance lui indique qu’il est convoqué chez le commandant. Ce dernier stigmatise le caporal qui aurait dû ordonner au groupe de se lever pour le salut et lui inflige une semaine de « cabane» (prison). Quelle dérision après 4 ans de souffrances ! Mais la « discipline » devait rester « la force des armées » !

Clique du 15ème RI dans le nord en 1919 (épisode du salut au commandant)

Gaston est décédé en 1986.  Il aura connu une nouvelle guerre, la deuxième, alors que la première devait être « la der des der » !

N’oublions pas les « poilus » car leur histoire c’est aussi la nôtre !

Briquet de tranchée cuivre rouge et cuivre jaune gravé « Côte 304 Verdun » et au dos « 1917 » figurant un livre, douille de mitrailleuse, douille d’obus de petit calibre gravé « Amitié » et trèfle à 4 feuilles porte bonheur.

Extrait du Journal de marche du15ème Régiment d'Infanterie

En 1914; Casernement : Albi ; 64e Brigade d’Infanterie 32e Division d’Infanterie 16e Corps d'ArméeConstitution en 1914 : 3 bataillons À la 32e DI d’août 1914 à nov. 1918

2 citations à l’ordre de l’armée, fourragère verte

1914 Bataille de Morhange : Rohrbach et Ludrefing , Sarrebourg (18 au 20 août) Lorraine : Rozelieures (23 août-1 sept) sept. : Seicheperey (St Mihiel) Bataille des Flandres (nov. à janv. 15)

1915 Champagne (fév. à août) : Bois Sabot (7 mars) Bataille de Champagne (sept. à nov.) : Mont Têtu (25 sept.) Butte de Tahure

1916 Reprise des forts de Douaumont et de Vaux : Fleury sous Douaumont (juillet –octobre) Argonne (sept. à jan. 17) : Ravin de la Fille Morte

1917 Verdun : cote 304, Mort Homme (jan. à juin) Alsace : (nov.-déc.) : Aspach Vosges (déc. à fév. 18) : Le Voilu

1918 Alsace : (fév.-avril) : Aspach Flandres (mai-août) : Le Kemmel, ferme des Pompiers, cote 44 L’Ailette (août-oct.) : Fresnes, Couvron La Serres (oct. nov.) : Pouilly, Crécy sur Serres, ferme St Jacques

Si vous voulez vous aussi comme Patrick Mathie, que nous remercions chaleureusement, nous raconter l'expérience d'un soldat de la Grande Guerre de votre famille, envoyez un courrier à elisabeth@myheritage.com

Commentaires (2) Trackbacks (0)
  1. Mon grand-père Louis Dufraigne était à Verdun,il nous a parlé
    de ce moment où il a vu son canon de 75 exploser emportant
    sa jambe.Il nous a également raconté les termes crus employés
    par le chirurgien de guerre au moment de l'amputation...
    Sa vie après, avec un "pilon", et les nuits sans sommeil avec
    ce qu'il appelait la "névrite" incroyables douleurs où il ressentait
    les douleurs atroces du pied parti dans cette bataille.
  2. Dans mes recherches généalogiques j'ai retrouvé un de mes ancetres mort pour la france il repose au mémorial de chesnaux à Chateau- Thierry mort à tréloup sur MARNE fin 1915 il a aujourdh'ui son nom sur le mémorial de son petit village a roclincourt son propre fils pourtant capitaine de l'armée de terre n'était jamais parvenu à le retrouver ni sa fiançée à l'époque

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