30    août 20120 commentaire

Entretien avec Isabelle Louradour, présidente de Gen&O

Après l'entretien passionnant de Clément Bècle le mois dernier dans notre rubrique consacrée aux acteurs du monde de la généalogie, je vous emmène aujourd'hui dans ma région, le Sud-Ouest de la France, pour faire mieux connaissance avec Isabelle Louradour, présidente de l'association Gen&O. Avec un enthousiasme contagieux, elle nous livre l'histoire de son aventure généalogique.

Isabelle Louradour

Pouvez-vous vous présenter en quelques lignes ?

Mes racines familiales sont dans le Gers, en Gironde, Landes, Lot-et-Garonne et dans le Pays Basque. Bref, vous l'aurez compris : essentiellement le Sud-Ouest de la France !  J'ai fait mes études à Bordeaux avant de passer quelques années dans les Landes puis dans le Pays Basque, au gré des mutations de l'Education Nationale.

Quelle-est votre activité actuelle ?

Enseignante, donc, je suis actuellement en congé pour m'occuper de mes trois enfants. Je m'occupe de l'association Gen&O que j'ai créée avec deux amis et dont j'assure la présidence depuis 2008. Compte tenu du développement de l'association, c'est une activité presque à temps plein et totalement bénévole.

Comment est né votre intérêt pour la généalogie ?

Il existe depuis longtemps car plusieurs membres de ma famille en faisaient. J'ai la chance aussi d'avoir beaucoup de papiers de famille, conservés précieusement et que j'ai entrepris de classer. J'avais donc une assez bonne connaissance des liens familiaux sauf sur notre branche basque ! Dès que j'ai habité Bayonne, j'ai tout mis en oeuvre pour tenter d'élucider cette partie de l'histoire familiale.

En fait la généalogie est plus un prétexte à satisfaire ma passion : les archives. J'aime les archives ! Classement, collecte, inventaires... et bien sûr recherche, découverte et lecture des documents : tout m'interpelle, tout m'intéresse. Mon parrain, qui est archiviste, y est certainement pour quelque chose ! Ajoutez à cela une bonne dose d'intérêt pour l'informatique et les nouvelles technologies et la généalogie était le terrain idéal pour allier les deux.

Quelle est l'origine de votre nom de famille?

Mon nom de jeune fille Etchart est d'origine basque. Il signifie "entre les maisons" composé de Etche (la maison) et arte (entre). Il s'agit donc d'une maison située entre d'autres maisons. En Pays Basque la maison est primordiale : elle est plus que le lieu de vie d'une famille, elle est sa raison de vivre. Ici, pendant tout l'Ancien Régime, la maison (plus exactement le domaine familial : maison et terres) était transmise à l'aîné des enfants d'un couple, fille ou garçon, qui la transmettait à son tour à son enfant aîné. La maison prend à tel point le pas sur l'individu qui l'habite que celui-ci prend parfois son nom. C'est ce qui est arrivé à notre famille : nous portons le nom de la maison souche "Etchart". Celle-ci existe toujours, dans un petit village bas-navarrais. Bien souvent le nom de la maison reflète sa position géographique.

Quant à Louradour, le nom de mon mari, il est localisé en Limousin, particulièrement en Corrèze. Il vient du latin oratorio, "l'oratoire". Mon mari fait également sa généalogie, ce qui fait que je ne m'occupe que de mon ascendance basque. J'en suis ravie car j'ai là fort à faire étant donné la complexité de la généalogie en Pays Basque (changements de noms très fréquents, homonymies, registres paroissiaux peu anciens ...) et nous pouvons échanger sur les "différences généalogiques" entre les deux régions.

Deux photos anciennes ci-dessous : mon arrière-arrière-grand-père Jean Etchart et mon arrière-arrière-grand-mère Marie-Anne Etchebest, mari et femme qui ont quitté leur Pays Basque natal vers 1870 pour s'installer dans le Gers. J'aime beaucoup ces photos, toutes simples.


Quelle est la découverte la plus intéressante que vous avez faite sur ​​votre famille ?

Je m'émerveille à chaque détour d'archives : aucun document ne me laisse indifférente, le moindre bout de papier est un trésor. Je n'ai pas de découverte préférée, si ce n'est d'avoir compris au gré des lectures de documents, l'esprit d'entreprise qui animait mes ancêtres. Ils sont émigrés (mon arrière-grand-père a émigré en Argentine comme tant d'autres et ma grand-mère y est née), ils ont voyagé, ils ont créé des entreprises, ils ont été audacieux, créatifs, curieux : c'est cet état d'esprit qui m'intéresse et qui m'émeut le plus ainsi que la diversité des origines, des métiers ....


Pouvez-vous nous parler de l’association Gen&O et de son site internet ?

Notre projet de départ était de mettre à la disposition du public un grand nombre d'outil pour faciliter ses recherches généalogiques. Au-delà des relevés, il nous semblait important de proposer des méthodes pour s'organiser, des fiches pratiques pour découvrir d'autres fonds d'archives que ceux de l'état civil. La généalogie étant très particulière ici au Pays Basque, nous avons tenté d'en faire comprendre les singularités. Enfin, nous tenions à mettre à disposition toutes nos données afin que chacun, librement, y ait accès et puisse construire en toute quiétude son "patrimoine" généalogique. Notre idée était aussi que chacun puisse apporter sa pierre à l'édifice : ainsi nos adhérents participent en faisant des relevés, des articles, en envoyant des liens vers leur site de généalogie, en aidant pour les recherches...

Déformation professionnelle oblige, je tenais à mettre en place une "pédagogie" de la généalogie, l'objectif étant, quelque soit le niveau de notre public (débutant, confirmé), de leur donner la possibilité d'accéder à des outils pour qu'il puisse devenir autonome dans la recherche. Aussi avons-nous mis en place des cours mensuels, des ateliers hebdomadaires, un site internet www.geneoweb.org, un magazine thématique consacré à l'histoire familiale et patrimoniale du Pays Basque (Gen&O-Mag). Nous aidons également les chercheurs qui habitent loin à débloquer des situations ou en allant photographier des documents aux AD64 qui ne sont pas numérisés. Mais, notre challenge principal consiste à faire découvrir des fonds d'archives qui restent méconnus, donc à aller au-delà de l'état civil et des notaires.

Un conseil pour les généalogistes débutants ?

Le plaisir de la découverte est là mais il faut très vite s'organiser ! Si l'on veut éviter de faire et de refaire, le mieux est de tenir un journal de bord et d'y noter tout ce qu'on fait, en détail. Le problème posé, ce qu'on cherche, le résultat de la recherche, les documents consultés (date, nature, cote, service d'archives), les pistes à développer. Ensuite, chaque évènement de la vie d'un ancêtre doit être prouvé par un document : ce que nous appelons "source" en généalogie. Au début on a envie de remonter très vite dans le temps mais il faut être très méthodique pour être sûr que c'est bien le bon ancêtre pas un homonyme.
Et puis, il ne faut pas se contenter de l'état civil, je me répète mais les services d'archives conservent des trésors : il ne faut pas hésiter à franchir leurs portes pour les découvrir. On n'imagine pas la diversité des documents existants et au détour de l'un d'eux peut se cacher une surprise tout à fait étonnante concernant un ancêtre.

Quel est selon vous l'avenir de la généalogie?

Je pense que les nouvelles technologies vont changer les pratiques mais il faudra s'adapter et ces nouveautés qui se développent à toute vitesse, ne sont pas toujours évidentes à suivre. Pourtant, nombreuses sont celles qui facilitent grandement la vie des généalogistes amateurs. Il y a de la part des associations un énorme travail de pédagogie à mettre en place à mon sens, vis à vis de leurs adhérents pour justement s'approprier ces nouvelles technologies.

Les associations ont également un rôle à jouer dans les relations avec les services d'archives départementaux. Elles doivent servir de relais entre les archives et le public généalogiste. A l'heure où sont mis à disposition sur Internet des fonds d'une infinie richesse, il y a là tout un travail à faire pour que ces fonds soient mis en valeur et exploités par un public qui ne les connaît pas forcément mais aussi pour qu'ils restent accessibles à tous car ne l'oublions pas, nous travaillons sur un matériau qui appartient à tous : les archives sont des informations publiques. La généalogie est à mon avis à un tournant.

Et que pensez-vous de la délibération de la CNIL du 27 avril dernier ?

J'ai beaucoup lu sur le sujet car ces questions juridiques m'intéressent depuis longtemps. J'espère seulement que la volonté de protéger les données personnelles (la vie privée, donc, ce qui est légitime en soi) ne confisque pas une part importante de l'accès pour tous aux archives. Une sur-protection peut être inefficace et à terme nuisible car elle irait en contradiction avec la volonté naissante des institutions ou des organismes de libérer leurs données. Mais le problème est complexe et les questions d'ordre juridique ne souffrent aucune approximation dans leur interprétation.A l'heure où elles secouent la planète généalogique, il serait important que les services d'archives, premiers concernés, fasse un gros travail de pédagogie pour les expliquer au grand public.

Nous remercions chaleureusement Isabelle qui a accepté de nous accorder cet entretien. Si vos recherches vous mènent vers le Pays Basque, rendez-vous sur geneoweb.org.

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