16    avr 20121 commentaire

Entretien avec Jordi Navarro, ‘archivo-généalo-geek’

Aujourd'hui, dans le cadre de notre rubrique consacrée aux entretiens avec les acteurs du monde de la généalogie, nous avons le plaisir de vous présenter le précieux témoignage de Jordi Navarro. Originaire de Toulouse, et alors qu'il était ingénieur agricole, il tombe dans le chaudron de la généalogie après la naissance de son fils. Il est devenu par la suite blogueur généalogiste, puis tout récemment archiviste.

Jordi Navarro

Pouvez-vous vous présenter en quelques lignes ?

'Je suis né à Toulouse il y a bientôt 34 ans. Anciennement ingénieur agricole, ma passion pour la généalogie en a fait naître une autre : celle des Archives. J'ai donc lâché mon boulot, repris les études et me voici devenu archiviste.
Également féru de nouvelles technologies, j'aime me définir comme un archivo-généalo-geek.'

Quelle-est votre activité actuelle ?

'Je suis archiviste aux Archives départementales de la Haute-Garonne, où je suis nouvellement en charge du site internet. Je viens en fait de prendre mon poste au début du mois d'avril, c'est donc tout neuf !'

Comment est né votre intérêt pour la généalogie ?

'Comme pour nous tous, je pense, cette passion est née un peu par hasard. A la naissance de mon fils, on nous a offert un de ces fameux "livres de bébé". Entre les pages destinées à accueillir des photos et celles prévues pour raconter les anecdotes des premiers mois, se trouvait un petit arbre généalogique sur 4 générations. J'ai tout d'abord rempli les 3 premières, mais pour la suivante, ce fut tout de suite plus compliqué. Je n'ai connu aucun de mes arrières-grands-parents. J'ai donc posé des questions à mon entourage pour pouvoir remplir cet arbre jusqu'au bout. Comme il y avait toujours des "trous", je me suis adressé à une mairie pour obtenir un acte. Quelle ne fut pas ma surprise, lorsque j'ai ouvert l'enveloppe de découvrir 8 actes différents ! La secrétaire de mairie avait fait toutes les recherches pour moi jusqu'en 1800.
C'est sans doute en grande partie grâce à cette bienveillante et généreuse secrétaire que j'ai attrapé le virus de la généalogie.

Rétrospectivement, je me demande cependant souvent si ce hasard est bien la seule raison. Ma grand-mère est décédée jeune et ma mère, qui n'était alors qu'une enfant, ne m'a quasiment jamais parlé d'elle. C'est une blessure qui n'a jamais guéri. En retour, je dois confesser que je n'osais pas trop non plus aborder le sujet. Toujours est-il qu'au moment de commencer mes recherches, je ne connaissais même pas son prénom et je pense bien n'en avoir vu aucune photo. J'aime penser que cette grand-mère absente et presque inconnue n'est pas pour rien dans ma volonté de savoir qui sont mes ancêtres.
Toujours est-il que, depuis, les photos sont sorties des cartons ...'

Francine Barthe, la grand-mère de Jordi le jour de son mariage en 1949

Quel est l'origine de votre nom de famille?

'Je m'appelle Jordi Navarro. Je pense que mon nom cache assez mal mes origines. Mon grand-père paternel, fils d'un haut fonctionnaire espagnol, est né à Madrid en 1919. Comme beaucoup d'autres, il a pris les armes pendant la Guerre d'Espagne pour défendre la République. Après la défaite, il a traversé les Pyrénées et, avec près de 500.000 de ses compatriotes, fut "chaleureusement" accueilli par la France qui s'empressa de les interner dans des camps de concentration. Mon grand-père est passé par Argelès, le Barcarès, St-Cyprien, puis Septfonds, où, après la libération, il rencontra celle qui allait devenir ma grand-mère.
Ce chemin d'exil est une trajectoire qui compte beaucoup pour moi. Je suis fier de mon grand-père.
J'espère transmettre cet héritage à mon fils qui ne l'a quasiment jamais connu.'

Quelle est la chose la plus intéressante que vous avez découverte sur ​​votre famille?

'Je ne suis pas sûr qu'il faille faire ressortir un élément plus qu'un autre. Ce qui est intéressant, c'est l'arbre dans son ensemble et non une ou deux feuilles isolées. Voir la diversité des ancêtres de mon fils est une chose passionnante. C'est un arbre métis, aussi bien d'un point de vue géographique que social. Ses ancêtres se répartissent dans 11 pays (de l'Amérique à l'Asie, en passant par l'Afrique et l'Europe) et 45 départements français. Ils furent prostituées, esclaves, paysans, artisans, commerçants, bourgeois, notables et nobles. Ceux que tout séparait se sont progressivement rapprochés et unis. Voilà ce qui est intéressant.'

L'arrière-arrière-grand-père de Jordi, vers 1894, avec ses deux fils. L'aîné, Marcel, mourra dans les tranchées sur le Chemin des Dames. Le plus jeune, René, est l'arrière-grand-père de Jordi, et le père de Francine.

Pouvez-vous nous en dire plus sur votre blog ?

'Papiers et Poussières et né il y a tout juste 2 ans (le 10 avril 2010, pour être précis). Au début, je ne savais pas vraiment ce que j'allais y écrire. Le choix s'est finalement fait au fur et à mesure de mes propres réflexions. J'y aborde mes deux passions : la généalogie et les archives. Pour ce second thème, j'aborde essentiellement des problématiques juridiques pour décortiquer les textes. Dans ce domaine, j'ai un credo. Les archives (et surtout les informations qu'elles contiennent) sont un bien commun et nous devons protéger cette caractéristique. Comme les archives appartiennent à tout le monde, nous devons nous assurer que chacun puisse les utiliser librement. Parallèlement, nous devons également lutter contre les risques de privatisation du patrimoine lorsqu'il existe. C'est cette double approche que j'aborde dans mes billets.
En ce qui concerne la généalogie, j'aime beaucoup parler de mes ancêtres. Mais lorsque je le fait, je n'ai pas envie de simplement raconter mes recherches. D'autres que moi le font déjà, et fort bien d'ailleurs. Je préfère traiter le sujet d'un manière plus personnelle, voire même "littéraire". J'espère y arriver!'

Un conseil pour les généalogistes débutants ?

'Là, c'est l'archiviste qui va parler ! Les généalogistes n'ont que trop rarement conscience de la diversité des documents conservés dans les différents dépôts. L'état-civil n'en représente qu'une tout petite proportion. Il existe quantité d'autres documents qui sont de véritables mines d'or permettant de comprendre la vie de nos ancêtres. Donc, surtout, épluchez les instruments de recherche mis à votre disposition et questionnez les archivistes. Sortez des chemins battus et vous découvrirez des trésors.'

Quel regard avez-vous sur l'évolution de la généalogie par le biais des nouvelles technologies liées à internet ? Que est selon vous l'avenir de la généalogie?

'Je n'ai rien d'une Pythie et je serais donc bien incapable de dire à quoi ressemblera la généalogie de demain. Mais j'ai vraiment l'impression que nous sommes en train de vivre un tournant. Le développement des  nouvelles technologies liées à internet amène un nombre d'outils insoupçonnés que les généalogistes s'empressent d'investir. Les réseaux sociaux, les tablettes et smartphones, les outils collaboratifs et autres applications web en tout genre se révèlent très utiles dans nos recherches. Les généalogistes sont de plus en plus interconnectés et savent de mieux en mieux exploiter le potentiel d'internet.
Parallèlement, les Archives investissent également les nouvelles technologies, et les initiatives originales sont de plus en plus nombreuses qui permettent aux chercheurs de tout poil de prendre conscience de la richesse des fonds. Le rapport entre les archivistes et les généalogistes se modifie également. La relation se base de plus en plus sur l'échange et la collaboration. Même si elle est encore trop timide, la présence de médiateurs virtuels sur les réseaux sociaux va dans ce sens.
C'est une nouvelle pratique de la généalogie qui est en train de naître.'

Un très grand merci à Jordi. Je suis sûre que, tout comme moi, vous avez trouvé cet entretien très intéressant et très stimulant. Nous lui souhaitons tous nos voeux de réussite dans sa nouvelle activité.

La semaine prochaine, le prochain témoignage sera une histoire d'un de nos utilisateurs.

Commentaires (1) Trackbacks (0)
  1. slt Jordi, mon nom c'est Franco et celui de ma grand-mère c'est Garcia, je vis la même histoire que,
    mes ancêtre sont de l'Andalucia exacte la province d'Alemeria,
    je te dis bon chance pour la suite

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